Endormir

Je vous disais hier en vous parlant de DARTY et de ses relations-clients que je n’aimais pas me faire endormir. C’est bien une expression que vous connaissez, non ? Ma grand-mère disait souvent « je ne vais pas me laisser endormir » quand un vendeur au porte-à-porte voulait lui fourguer un produit quelconque. (Moi je l’aimais bien ma mémé rebelle.)

Je ne sais pas d’où vient cette expression, sans doute d’« endormir le peuple » qui signifie « séduire une nation, une communauté par des actes ou des paroles » (dont je ne connais pas plus l’origine) mais pour sûr qu’il y a un moment qu’on se laisse endormir en France.

Comme le week-end approche, je vous encourage à vous reposer au chaud, à l’abri et je vous propose  une liste non exhaustive des expressions avec le verbe dormir et ses dérivés :

S’endormir dans les délices de Capoue. C’est joli, non ? En 215 avant J.C., les troupes d’Hannibal prirent la ville de Capoue, connue pour sa douceur (dolce vita) et les multiples plaisirs auxquels on pouvait s’adonner. Après un long séjour dans cette ville, les Carthaginois perdirent l’habitude du combat et furent battus par les Romains qui rasèrent Capoue (une fin à la Sodome et Gomorrhe en somme).  Une personne qui s’endort dans les délices de Capoue se laisse aller à une vie trop facile et sans contrainte. C’est peut-être parce que bon nombre de citoyens ont pris de mauvaises habitudes, qu’ils grognent maintenant.

Dormir sur ses lauriers : se contenter d’un premier succès et arrêter les efforts pour essayer d’en glaner de nouveaux. Si les feuilles de laurier (arbuste aromatique de la région méditerranéenne) servent à parfumer des plats, ses rameaux servaient jadis à tresser des couronnes destinées aux poètes, aux héros, aux vainqueurs.  Au Moyen-Âge, dans les écoles de médecine, on ceignait la tête des jeunes docteurs avec des rameaux de laurier sur lesquels se trouvaient des baies. Or, il se trouve qu’en latin, « baie de laurier », c’est « bacca laurea ». Tiens, tiens…

Dormir sur ses deux oreilles, dormir profondément, tranquillement, en toute sécurité, être sans inquiétude, n’avoir aucun souci à se faire. N’êtes-vous pas surpris par une telle expression ? Comment peut-on dormir sur ses deux oreilles ? A moins de disposer d’un oreiller spécial en forme de U, d’être difforme ou extra-terrestre. Personne ne sait ni où, ni quand, l’expression est apparue. Peut-être était-ce pour créer une opposition avec l’expression « ne dormir que d’un oeil » qui, elle, est parfaitement compréhensible et contient une notion de vigilance contraire à l’insouciance véhiculée par celle que nous décortiquons.

Ne dormir que d’un œil, c’est tenter de se reposer mais rester sur le qui-vive, comme dormir en gendarme : être en éveil, avoir le sommeil léger. Pire : dormir en lièvre, les yeux ouverts. Celui qui réduit son temps de sommeil finit par être celui qui n’en dort pas de la nuit, il ne dort plus du tout, tant il peut être obsédé par une difficulté, un souvenir, un sentiment  et il ne fermera plus l’œil de la nuit.

Ceci dit, j’en reviens à la normalité et reconnaissez qu’il est physiquement bien plus facile pour tout un chacun de « dormir à poings fermés » que de dormir sur ses deux oreilles.

« Dormir à poings fermés » : dormir d’un sommeil profond, comme un bébé (qui justement dort avec ses petits poings fermés), comme un loir, comme une marmotte, ou encore comme une souche, comme un sabot, comme une bûche, dormir d’un sommeil de plomb. Pour un sommeil profond de bébé, je dis souvent :

« Dormir du sommeil du juste », dormir comme un bienheureux, dormir d’un sommeil innocent et paisible, l’esprit tranquille, la conscience légère. Etre totalement apathique, inerte, ce qui fait qu’au figuré cette expression peut signifier être mort qui correspond à s’endormir du dernier sommeil, pour les plus croyants, s’endormir dans le Seigneur.

Quant à la position du sommeil, elle n’est pas forcément allongée, on peut :

 » Dormir en chien de fusil », le corps recroquevillé sur lui-même. Oui, c’est fréquent quand on a froid, on se roule en boule. C’est vrai, ce n’est pas :

« Une histoire à dormir debout » . Celle-là est une histoire incroyable, invraisemblable, absurde, illogique. Cette expression est la plupart du temps associée à un conte (de fées) mais elle commence à s’appliquer au domaine politique au vu du nombre de balivernes qu’on nous raconte. Cette expression existe depuis le XVIIe siècle avec le même sens qu’aujourd’hui. A cette époque, il existait aussi des « souliers à dormir debout »,  des souliers à semelle très large, capables de retenir quelqu’un qui s’endormirait debout. Je n’en ai jamais entendu parler, je ne connais que les «chaussures à bascule» de la région Rhône-Alpes.

Une histoire à dormir debout est quelque chose de tellement invraisemblable que son auditeur finit par s’en désintéresser complètement au point que ses sens ne sont plus du tout en éveil… et qu’il s’endort. Voilà une explication elle aussi à dormir debout. Rares sont ceux qui sont brutalement pris par le sommeil sauf les narcoleptiques.

Connaissez-vous Monsieur Marcel ?

J’aime bien ce Monsieur Marcel là.

4 réflexions au sujet de « Endormir »

  1. Bonjour Françoise
    je découvre des expressions
    Je te souhaite un très bon samedi
    Nos amitiés bises
    Qing&René

  2. Bonjour ma douce Françoise, je ne connaissais pas Mr Marcel, c’est bien dis donc. 😉

    Je viens avec quelques fleurs, celles de mon coeur, un petit déjeuner avec thé ou café, quelques notes de musique exotiques, un peu de chaleur pour t’entourer de douceur.

    Bonne journée, profite bien de ce dernier week end de l’hiver 2013.

    Prends soin de toi et de ton monde enchanteur.

    Ton amie Lolli qui te dis à demain si tu le veux bien.

  3. Surtout, ne vous laissez pas endormir par une histoire à dormir debout !
    DARTY était une maison sérieuse « avant »…maintenant, c’est du n’importe quoi…Ils s’endorment sur leurs lauriers…
    Bonne fin de semaine Françoise. Bises.

  4. Ping : Le volcan… | FrancoiseGomarin.fr

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