Mardi Gras et les bugnes

Ce matin, je prépare mes bugnes pour Mardi Gras. Deuxième tournée pour la distribution du jour. Mardi Gras, populairement, c’est le jour où l’on mange les fameux « beignets de carnaval », beignets qui changent de nom à travers les régions : bugnes en Rhône Alpes, frappes en Corse (bugner, frapper, tiens, ce ne sont que de coups ? ! pourquoi ?), mais aussi merveilles, oreilles, cravates… Les noms changent, la recette varie peu ; partout en France, on mangeait et on mange encore des beignets pour Carnaval.

Fête mi-religieuse mi-païenne, Mardi-Gras est l’occasion de se déguiser, c’est Carnaval, de se défouler, de sortir enfin de l’hiver. Allez voir un site qui vous donnera des informations sur la fête ; il y en a des multitudes de carnavals de Nice, à Rio, en passant par Dunkerque ou Venise. Moi ce que j’ai retenu c’est que ce mardi (veille du mercredi des Cendres) marque le début du Carême chrétien : 40 jours sans viande ! Encore fallait-il avoir les moyens d’en acheter car, plus souvent qu’il ne le fallait, le peuple jeûnait. Alors avant d’entrer dans cette période difficile, sans viande et sans gourmandises grasses, le peuple faisait bombance, jouait les fous : masques, déguisements, et s’adonnait à des débordements de toutes sortes.  On se gavait avant de jeûner d’où le nom du jour : le mardi où l’on fait gras.

Pendant les quarante jours de Carême, il y avait quelques courageux, inconscients mécréants qui bravaient la règle et se retrouvaient (après dénonciation : belle époque !) embastillés pour avoir mangé du lard en Carême (En février 1526, Clément Marot est incarcéré au Châtelet). Ah, l’intégrisme religieux et politique ! Il fallait des têtes brûlées pour que les choses évoluent. Merci à vous, les canailles, poètes plus ou moins maudits, d’avoir bravé les interdits pour nous donner un peu plus de liberté. Mais aujourd’hui… Il y a de quoi entamer une nouvelle réflexion : laisser-aller, laxisme de la société, liberté et respect des uns et des autres…

Comme chaque année, je rage quand j’entends les crêpes de Mardi Gras. Pff, il faut arrêter de tout mélanger. Vous avez le droit de dire et de manger ce que vous voulez, mais arrêtez de vouloir me faire « prendre des vessies pour des lanternes ». Je ne suis pas tombée de la dernière pluie.

Chaque année, il y a un journaliste qui trouve de bon goût de rappeler que « la tradition veut que l’on fasse des crêpes pour Mardi Gras », ce qui encourage certains quidams à reprendre et à répandre la même ânerie. Non, non et non ! les crêpes sont pour la Chandeleur, le 2 février !

Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais n’inventez pas des traditions qui ne sont pas, du moins pas chez moi. Vous pouvez faire naître et/ou évoluer une tradition, c’est votre droit.

A l’école primaire, il y a cinquante ans de cela, dans mon livre de lecture j’ai appris ce qui suit ; j’ai bien retenu et j’essaie de rester au plus près de ce que j’avais lu :

La tradition de la Chandeleur

Si l’on a la chance de pouvoir confectionner cette crêpe, ronde et dorée comme un soleil, avec un peu de beurre, d’oeuf, de lait et de farine, (c’est que l’on a de quoi manger), il faut essayer de garder cette chance pour l’année suivante. Il existe donc une suite de manoeuvres pour conjurer le sort. Ces fameuses crêpes de Chandeleur doivent sauter, le « cuisinier » doit tenir la poêle de la main droite tout en serrant une pièce d’or, ou à défaut une pièce de monnaie, dans la main gauche afin de connaître la prospérité pendant toute l’année. Il faut faire sauter la crêpe mais surtout, il faut que la crêpe atterrisse correctement dans la poêle pour que le voeu de richesse soit exaucé.  On racontait aussi, dans la France paysanne, que la première crêpe confectionnée devait être gardée dans une armoire pour que les prochaines récoltes seraient abondantes.

Toute petite, j’habitais un quartier ouvrier de Grenoble ; de champ à cultiver, il n’y avait point, nous n’avions donc pas à cacher de crêpe dans une armoire. Cependant, fort influencée par ma lecture (j’étais en CE2) et par une envie de monde meilleur (plus riche, la vie doit être plus agréable), je m’acharnais à faire sauter les crêpes pour toute la famille, d’une seule main, une pièce cachée dans l’autre. J’avoue que je négociais âprement le prêt de la pièce de la plus grande valeur possible, à l’époque 5 francs (moins d’un euro) ; le louis d’Or m’aurait plu mais il n’y en avait pas dans l’appartement. Une chose est certaine, j’ai beaucoup rêvé et j’ai toujours été pleine d’espoir malgré des moments sombres dans ma vie.

Il faut toujours croire en sa chance et lui donner des moyens de se manifester. Mais ce sont d’autres histoires, finissons avec crêpes et bugnes : crêpes de Chandeleur et beignets de Mardi Gras.

Le païen et le religieux se mêlent pour ces deux fêtes comme pour beaucoup d’autres. Pâques c’est la Passion du Christ et sa Résurrection pour les Chrétiens, et pour tous les habitants du Monde Occidental de l’hémisphère nord, cette période correspond au renouveau de la nature, au printemps qu’il faut fêter dans la joie.

Cette année 2011, le 8 mars est à la fois Journée des Femmes et Mardi Gras. Ferez-vous la fête et comment ? Mangez des bugnes pour commencer !

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