« Boug-là l’y batte la mer pour gagne l’écume ». En graphie créole 77 ou autre, « Boug la li bat la mèr pou guinye lekim », ce bonhomme-là tape la mer pour avoir de l’écume, en français, on dit plutôt « battre l’eau » ou encore « battre l’air, le vent » ou un peu différent mais plus courant « brasser de l’air ».
Battre la mer pour avoir de l’écume, c’est faire des efforts inutiles, agir inutilement alors que brasser de l’air, c’est sans doute plus tendance à notre époque, c’est faire du vent, s’agiter et ne rien produire, faire croire que l’on travaille.
Ceci me rappelle une petite histoire méchante (j’aime bien, au fond, un peu de méchanceté) : quand on a besoin de climatiser une entreprise, je répète souvent que c’est inutile car, si on place d’un côté tous ceux qui brassent de l’air et de l’autre côté, tous ceux qui nous pompent l’air, la climatisation est assurée gratuitement et sans aucune installation nouvelle.
Battre la mer pour faire l’écume est une expression quelque peu désuète, mais son sens est assez limpide. Battre du linge au lavoir pour le nettoyer, c’est utile, ou ça l’était (vivent les machines à laver), battre le blé pour séparer le grain des épis avec un fléau, aussi (merci les moissonneuses-batteuses-lieuses), enfin, et ce n’est qu’un exemple supplémentaire parmi d’autres, battre des oeufs en neige est également utile surtout pour les gourmands (mousse au chocolat, œufs à la neige, île flottante, macarons…). Trublion, ne râle pas, le progrès a aussi du bon !
Dans tous les cas, « battre » est un effort qui donne un résultat. Euh… Battre sa femme… Quel résultat ? Pas de révolte ? Si nous nous luttons contre les violences faites aux femmes (journée du 25 novembre), il est des pays où cela semble convenu, convenable. Archaïsme ? Rassurant ? « Bats ta femme tous les matins ; si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait. », c’est, parait-il, un proverbe arabe. Ça nous fait rire, ce n’est pourtant pas drôle.
Pour en revenir au début, vous battez du vide, l’air, le vent ou de l’eau, vos résultats seront peu probants et vous vous épuisez, sauf si vous comprenez rapidement l’inutilité de vos efforts. C’est de cette agitation inutile que l’expression est née.
Mais n’y a-t-il pas des héros qui ont accepté des tâches inutiles ? Pour moi, celui qui a longtemps occupé mes pensées était Sisyphe (ben oui). Absurde de la vie et une seule question (adolescente ?) : la vie vaut ou ne vaut-elle pas la peine d’être vécue ? Camus avait écrit : « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. » Je peux vous assurer que tous mes devoirs de philo en terminale ont tourné autour de ce sujet.
Aujourd’hui « Le mythe de Sisyphe » répond encore à d’autres questions que je me pose encore.
Alors un florilège des mots d’Albert Camus dans cet essai :
« Tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle. »
« En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout. »
« Un homme se définit aussi bien par ses comédies que par ses élans sincères.
« Dans un univers soudainement privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent un étranger. »
Sisyphe a conscience de l’absurde et de l’inutile mais il continue : «La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.»
Il y a des Sisyphe encore, non ? Et s’il n’y en avait qu’un seul… J’y vois quand même un espoir : l’engagement passionné, conscient, bénévole, partagé permettra un sursaut et le « Regain » pas du village du sud de la France, mais le regain du monde entier.
Je rêve. C’est si bon, de temps en temps de garder l’espoir.
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