J’adore pas…

J’ai envie de donner une petite leçon de français à l’un des hommes les plus prétentieux de France, donneur de leçons qui commence enfin à « se faire moucher », comme disait ma grand-mère. Enfin ! Les députés européens ont infligé un revers humiliant à Emmanuel Macron en recalant, pour des raisons éthiques, sa candidate à la Commission européenne, Sylvie Goulard, sous le coup d’une enquête judiciaire en France.

‘Passons… Il était vexé, le bougre ! Moi, jai souri.

Je commence par une explication de texte car l’expression « moucher quelqu’un » ou « se faire moucher » me parait plébéienne mais pas forcément populaire. « Moucher quelqu’un » signifie qu’on lui rabat le caquet. Il en a besoin le Manu qui, au fond, n’est qu’un petit morveux, un gamin qui ne sait pas se moucher tout seul si ça se trouve. (Je me demande bien comment on peut expliquer le glissement depuis le sens initial de « débarrasser le nez des mucosités » vers le sens figuré de l’expression que l’on trouve déjà dans « La Farce de Maître Pathelin »  en 1460, fin du Moyen-Âge «Comment il a esté mouché ! N’ay-je pas bien fait mon devoir ? »).

J’en viens à ce qui m’a contrariée ces jours derniers. Emmanuel Macron qui croit – que croit-il au juste – faire de l’esprit, de l’humour, parler populaire ou jeune – a dit : « Moi je n’adore pas le mot pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail c’est pénible » laissant ainsi entendre que le travail ne peut être qu’un plaisir et jamais une tâche douloureuse.

Je vous rappelle que j’ai été professeur d’économie-gestion et que je définissais le mot travail par son étymologie latine : tripalium, un instrument de torture composé de trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles ou, en maréchalerie, un instrument servant à ferrer de force les chevaux rétifs, en bref, rien que des engins destinés à contraindre, à mater des bêtes de somme. Le travailleur vend sa force de travail, c’est le besoin qui le pousse pas le plaisir. Par ailleurs, travailler peut être fatigant et non gratifiant : il suffit de penser aux éboueurs qui ramassent nos saletés, à tous ceux qui travaillent sur des chaînes (emballage de colis, tri des déchets…), aux maçons sous la pluie ou en plein soleil, aux enseignants face à des sauvageons mal élevés, agressifs de plus en plus jeunes, aux caissières d’hypermarchés, aux télé-conseillers… Oui il existe des métiers vraiment pénibles et en plus mal payés : songez à tous les boulangers-pâtissiers levés à l’aube, dimanche compris et qui travaillent pour le SMIC… à ceux qui montent deux-cents portières de bagnoles, chaque jour, pendant quarante-trois ans en 3×8 chez PSA ou ailleurs, à celles qui nettoient les bateaux comme Florence Aubenas le raconte dans « Quai de Ouistreham« … La liste est longue des métiers pénibles. Tout le monde n’est pas « né avec une petite cuillère » comme Manu l’avait dit (je m’étais moquée ), tout le monde n’a pas eu la chance de ne toucher que des stylos pour travailler et de passer ses heures dans un bureau climatisé sur un fauteuil confortable. Oui, on peut trouver son travail pénible, même dans un bureau, souvenez-vous des suicidés de France-Télécom ou de l’Éducation Nationale. (Il parait que même des flics se suicident. Pourquoi ? C’est pas un beau métier, valorisant, pas pénible pour deux sous ?)

Le travail est indissociable de pénibilité mentale ou physique, le travail est souffrance et il tue :  182 accidents du travail mortels au 1er semestre 2019.  En général on compte en France : 550 accidents mortels, 700 suicides au travail, 4 500 handicapés du travail, 650 000 accidents du travail (AT) avec arrêt, des dizaines de milliers de maladies professionnelles sous estimées chaque année.

Monsieur Macron et ses copains sont déconnectés des réalités. Connaissent-ils le montant des salaires moyens réels des Français ? Leur temps de trajet quotidien ? Le coût de leur transport ? De leur loyer ?

Voilà pour le fond. Reste la forme.

Le sens du verbe ADORER : rendre un culte à Dieu, à une divinité, à un symbole divin, etc. Il ne faut pas confondre avec aimer : éprouver, par affinité naturelle ou élective, une forte attirance pour quelqu’un ou quelque chose. On adore rarement un mot sauf à parler comme un tout-petit.

J'adore pas trop
Arnaud Tiercelin (Auteur) Stéphanie Marchal (Illustration)
 Paru le 17 mai 2018 
Album jeunesse dès 3 ans (cartonné) en français

Quant à la formation littéraire de notre président qui après trois années de classe prépa littéraire au lycée Henri-IV à Paris (normalement une prépa se fait en deux ans ; math sup et maths spé pour les scientifiques, c’est pareil pour les littéraires : Hypokhâgne et Khâgne), et deux échecs au concours d’entrée de l’ENS (École normale supérieure (ce n’est guère brillant), elle me parait incomplète, il ne maitrise pas la forme négative, à moins que ce soit pour avoir un parler « populo ».

Une phrase est négative lorsqu’elle nie quelque chose ; exemple : je n’aime pas le mensonge.

A la forme négative, il faut toujours utiliser au moins deux mots qui encadrent le verbe : ne … pas, ne … plus, ne … jamais, ne … rien, etc. Exemple : Je n’adore pas Jehovah, Mahomet ou qui vous voulez.

Arrêtez de nous prendre pour des abrutis, Emmanuel ! Je maitrise la langue française aussi bien que vous, si ce n’est mieux et je ne cherche pas à me faire passer pour ce que je ne suis pas. Je suis une fille du peuple, je le revendique et si j’ai réussi, je ne le dois qu’à moi-même, j’ai travaillé : des petits boulots pour pouvoir payer mes études ; je n’ai jamais eu de bourse. J’ai su ce qu’était la pénibilité, j’ai été caissière, vendangeuse, ouvrière, hôtesse d’accueil, etc. Pas comme vous, Manu ! Nanti, suffisant.

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1 réflexion sur « J’adore pas… »

  1. j’ aurais dit je déteste plutôt que je n’ adore pas !
    Ce Macron est bigrement imbu de sa personne, pour encore crâner malgré tout ce qu’ il s’ est passé depuis ses meetings !
    Toutes ces femmes qui font la parité dans son gouvernement ont exploité les travailleurs et se sont fait leur fortune par des licenciements !
    Ils n’ont pas compris qu’ il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.
    C’ est fou de voir le nombre de personnes en délicatesse avec la loi chez lrem, des Tapie flirtant avec la légalité !
    Mais comme dit Fillon, Macron, c’ est un petit joueur !
    Bonne journée Françoise
    Bisous

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