Porphyrogénète

Porphyrogénète. Il n’y a pas que Monsieur Macron qui connaisse des mots rares, moi aussi j’en connais (toutes les femmes ne sont pas illettrées) et je sais qu’il y a en France quantité d’autres personnes bien plus fines lettrées que moi. Moi, j’aime les mots depuis toujours même s’ils m’ont causé parfois des tracas. J’aime les mots non pas pour paraître en société, bien au contraire. J’aime les mots non par ce qu’ils peuvent donner comme pouvoir sur  autrui mais parce qu’ils sont beaux, drôles quelquefois…

Je me souviens du lycée et d’un jeu auquel je m’adonnais avec Josiane, ma copine de classe à l’époque, nous nous amusions à utiliser des mots que nous découvrions, nous écrivions souvent n’importe quoi et ça nous faisait rire. Il n’y avait pas de smartphone, ni de réseaux sociaux, mais nous avions des cahiers, des livres et des stylos. Je me souviens du mot prosaïque qui un jour nous a occupées. Nous étions devant chacune un chocolat liégeois, au snack-bar des Nouvelles Galeries, face à un garçon qui nous regardait en souriant, nous avions seize ou dix-sept ans et le mot prosaïque est revenu, je me souviens avoir saisi mon cahier et avoir écrit “Il rit d’un air prosaîque (ça veut rien dire mais ça fait riche)“. Tout le monde sait quon n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ansJ’ai aussi passé de nombreuses heures de cours à réécrire les fables de La Fontaine et les textes des chansons en vogue à l’époque, à composer des alexandrins finissant même par parler en vers sans m’en rendre réellement compte (emportée par le rythme). Nous étions en classes littéraires, les A de l’époque et nous avions un vocabulaire large. Sans donner dans la pédanterie, les mots venaient spontanément tout comme les citations dont j’émaillais allègrement mes devoirs. Malheureusement c’était mal vu dans mon milieu que d’aimer les lettres plutôt que les sciences ou l’enseignement technique.

Je ne résiste pas à vous offrir cette petite phrase de Chamfort (Maximes et pensées, IV (238),

Il y a des hommes qui ne sont point aimables, mais qui n’empêchent pas les autres de l’être. Leur commerce est quelquefois supportable ; il y en a d’autres qui, n’étant point aimables, nuisent encore par leur seule présence au développement de l’amabilité d’autrui ; ceux-là sont insupportables : c’est le grand inconvénient de la pédanterie.

Je viens de découvrir un nouveau mot : le pédantisme (et sa définition sur Wikipedia). Je ne connaissais que pédanterie et en vérifiant le sens du mot, j’ai trouvé l’autre. On ne cesse jamais d’apprendre. Pédanterie et pédantisme sont équivalents, synonymes.

Le pédantisme est une attitude relationnelle caractérisée par une tendance à un élitisme volontiers mondain et orgueilleux et à l’étalage d’une érudition académique (vraie ou simulée), reflétée par des travers langagiers » dont une «immuabilité dans la prestance», une hyperprécision du savoir, systématique et exagérée, souvent jargonneuse et appuyée à l’excès sur les mots valises ou inventés (néologie) et par une certaine incapacité à prendre en compte l’interlocuteur, rendant le discours ennuyeux parce qu’obscur. Quand le savoir est simulé, ou volontairement détourné, le discours pédant tend aussi à l’arbitraire et peut cacher le mensonge.

Ne pensez-vous pas à quelqu’un grâce à cette définition ?

En ce qui me concerne, j’ai été regardée de travers dans mon milieu d’origine à cause de mes mots jugés pompeux, puis plus tard mais pour la raison inverse : dans un monde plus aisé, une blonde qui se croyait supérieure m’a reproché un langage pauvre “Vous n’avez pas beaucoup de vocabulaire“, m’a-t-elle dit ; je n’ai pu m’empêcher de lui répondre “Juste assez pour que vous me compreniez“. C’était une de ces donzelles qui utilisent des mots déformés, mal-t-à propos et qui ne brillent que par leur apparence. Grattez le vernis… il n’y a rien. Non je ne suis pas féroce, juste réaliste.

Je reviens à mon mot du début : porphyrogénète qui signifie «né dans la pourpre» (ce que j’ai écrit hier). Ce qualificatif s’appliquait aux fils des empereurs byzantins. Il n’y avait pas de règle fixée, écrite, dans la succession impériale mais les enfants de l’empereur étaient, du fait de leur filiation valant légitimité, à peu près assurés de monter sur le trône à la suite de leur père (un peu comme dans n’importe quelle dynastie, d’ailleurs).

Ce mot trouve son origine dans la chambre du Grand Palais de Constantinople où accouchaient les femmes de la famille impériale : la Porphyra garnie de blocs de porphyre pourpre égyptien ; les porphyrogénètes étaient les bébés qui y arrivaient.

En résumé : mieux encore que la cuillère en argent, la pourpre !

Depuis l’Antiquité et jusqu’à la chute de Byzance, la pourpre était une couleur très recherchée, réservée aux personnes de haut rang, rare et donc très chère car fabriquée (difficilement) avec une quantité phénoménale de murex (des escargots de mer). Destinée aux consuls et aux empereurs, elle a aussi été un symbole de pouvoir dans le clergé, puisque c’était la couleur portée par les cardinaux et les évêques.

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2 réflexions sur « Porphyrogénète »

  1. En Chine, on aime bien le jade, et ça me fait sourire de dire que les femmes aiment les diamants qui manquent pourtant de couleur !
    Tu m’ as fait penser à Olivier de Kersauson, que Pilippe Bouvard aimait mettre à l’ épreuve, et qui récitait des vers inventés sur l’ instant !
    Pour ce gouvernement, un mot me plait bien, sycophanterie !
    Passe une bonne fin de semaine Françoise
    Bisous

  2. Hé bien, grâce à toi, j’ai appris un mot nouveau, difficile à recaser, certes, mais qui en jette quand tu le prononces ! Lolll
    J’étais aussi en A, jusqu’au bac et j’en suis bien contente.
    Le latin et le grec m’ont aussi bien aidé dans mes études mais surtout maintenant, quand je lis des mots nouveaux.
    J’ai bien dis “Je lis” car ce ne sont pas nos journaleux qui vont nous en mettre plein la vue avec des mots difficiles à comprendre.
    Ce serait plutôt le contraire, enfin, pour moi : je m’amuse à relever leurs erreurs de langage ou de prononciations, comme les liaisons maltapropos …
    Il ne me faut pas grand’ chose, hein ??? 😉
    En tous cas, merci pour ce mot nouveau !

    Bon week end … dans la douceur.
    Plus gris, mais toujours pas de neige.
    Bisoux, ma françoise ♥

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