« Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Avouez que vous vous attendiez à lire une fable de La Fontaine. Non, ce n’est pas de ce fabuliste dont je vais vous parler, pas plus que de Bigard ou de Coluche (« Rien ne sert de courir, non ça sert à rien« ), ni même d’Archimède (pas celui d’ »Eureka », l’autre celui qui chante).
Je ne vous parlerai pas plus de Karim Ouellet, un petit mec qui fait des chansons (écriture et interprétation) plutôt pas mal comme celle-là :
D’ailleurs je n’aime pas courir, au propre comme au figuré, mais on me fait marcher bien souvent puisque je suis une grande naïve. Je voulais plutôt vous dire, aujourd’hui, que, trop souvent, avertir, parler, ne sert à rien.
Avertir ne sert à rien puisque, comme je vous l’ai déjà seriné : « En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin. » c’est ce que disait Nicolas de Chamfort, il y a plus de deux-cents ans.
Est-ce pour cette raison que les Français se laissent vivre, laissent faire, laissent tout faire sans se révolter ? Tout semble aller de plus en plus mal mais nous acceptons. Nous acceptons les grèves de La Poste, Air France, la SNCF, la pose des compteurs Linky, les ordres de Strasbourg ou Bruxelles pour le fonctionnement de l’Europe, les déremboursements de la Sécurité Sociale, la diminution des retraites, les courriers sans réponse de l’administration, les prélèvements indus qui tardent à être remboursés, les erreurs de calcul, de facturation, les médicaments génériques sans effet mais au même prix que les originaux, les contrôles techniques automobiles, obligatoires, à répétition, même quand on ne roule pas beaucoup, les deux poids-deux mesures, les passe-droits en tous genres, les pagailles pour les inscriptions universitaires, le baccalauréat sans valeur avec ses mentions distribuées à la pelle et des moyennes de 20 et quelques sur 20… Ces notes-là n’ont plus aucun sens. Quand on enseigne dans des classes post-bac et que l’on constate le niveau de l’orthographe de certains élèves, leur culture générale, ce n’est plus la peur qui vous étreint mais une crise de panique qui s’empare de vous. Jusqu’où va-t-on descendre ? Certes il y a encore de bons élèves mais les mauvais élèves devenus bacheliers sont de plus en plus nombreux et les « classes prépas », les voies royales, vont être supprimées. Comment pouvons-nous accepter en silence ce nivellement par la bas ? Qu’est devenue notre république si ambitieuse à ses débuts ? Que sont devenus ses hussards noirs ?
Qui ose encore sonner le tocsin ? Sonner le tocsin, c’est alerter, ameuter ou même exciter l’opinion (contre quelqu’un). Or, ça ne bouge plus beaucoup.
Il semble que la révolte en France n’est pas encore prête à se manifester, la colère n’est pas encore assez grande. À moins que… soit les Français sont réellement devenus des veaux ou plutôt des moutons, parfaitement conditionnés à leur destin de bétail destinés à être tondus et égorgés, soit ils savent que les révoltes non violentes ne servent à rien puisque « là-haut » on s’en fout et qu’on dit « Cause toujours ! » avant de passer à l’étape finale « Ferme ta gueule », la démocratie vue par Coluche.
Laisser un commentaire