Perdre sa vie à la gagner

Depuis quand a-t-on pris conscience de ce paradoxe ?

Et pourquoi aller gagner sa vie puisqu’on l’a déjà ?

C’est une expression vraiment bizarre, une fois encore un problème de fric. Peut-on faire marchandise de tout, même de la vie ? Ceci nous ramène au temps de l’esclavage. Est-il vraiment fini ce temps-là ?  Ne vend-on pas, très cher, au vu et au su de tous, des joueurs de football…? Je ne parlerai pas de tout ce qui se vend autour des footeux et ailleurs, je m’éloignerai de mon propos.

Pour gagner sa vie, le quidam travaille et comme je le disais autrefois à mes élèves, ce n’est pas une partie de plaisir, dans la plupart des cas c’est une torture. Le mot travail vient du latin populaire tripalium, «machine à trois pieux », instrument de torture destiné à immobiliser les chevaux pour les ferrer. Ca veut tout dire. Le travail est souvent associé à la peine et à la souffrance ; pour les Chrétiens, la difficulté remonte au péché originel. Dieu a chassé Adam  et Eve du jardin d’Eden, en les obligeant à cultiver une terre stérile : «Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front» a-t-il dit à Adam. Pour faire bonne mesure, ce « bon » Dieu a dit à Eve «Tu enfanteras dans la douleur. » Et on veut me faire croire en un Dieu miséricordieux…

Actuellement, il nous faut gagner notre vie, je n’ose pas écrire en travaillant car les salaires attribués aux uns et aux autres n’ont plus aucun rapport avec le travail fourni, une production tangible,  un effort physique ou un apport intellectuel (cf :salaires des golden boys et « stars » plus ou moins éphémères…). Nous obtenons de l’argent en échange de notre liberté. Nous aliénons du temps, du temps qui n’est plus libre puisque nous le consacrons à notre « travail ». Nous nous privons de liberté, volontairement, pour faire comme tout le monde et nous sommes au désespoir lorsque, sans travail, sans argent, nous ne sentons même pas libres.

Or, être libre, pour moi ça commence par être libre de son temps. Comment ai-je pu , des années durant, imaginer être heureuse en courant après le temps ? Il me fallait à travailler au lycée, à la maison, faire la cuisine, le jardin, le ménage, la peinture, les comptes, préparer les vacances… Liste non exhaustive. Je ne levais jamais le pied et je sais où ça m’a menée. Aujourd’hui, j’ai compris. Je ne veux plus répondre aux contraintes communément acceptées, je ne veux plus être comme ces plantes sous serre ou ces animaux en batteries dopés aux produits chimiques, je veux respecter mes rythmes et mes saisons biologiques. Je veux disposer de mon temps, pour le (peu  de ?) temps qui me reste.

Je veux être une mauvaise herbe ou une herbe folle dans un monde bétonné car je sais qu’un jour la nature reprendra le dessus. Et je chante Zucayan de Julien Clerc :

Les sales et mauvaises fleurs
Ont envahi les rues
Les plantes carnivores,S’installent sur les balcons…

Je veux être plus libre que je ne l’ai jamais été… et prendre le temps d’apprécier ce qui m’entoure.

Je suis surprise de constater qu’en ralentissant, j’ai l’impression de faire plus de choses. Peut-être est-ce parce que je prends plus conscience de ce que je fais et que je retire immédiatement des satisfactions. J’accepte sans remords ce penchant à procrastiner et ce besoin de me faire plaisir. Je prends le temps de réfléchir et d’écrire. Ecrire, vieux plaisir oublié…

Je ne vais plus gagner ma vie, je suis retraitée. Je laisse aux autres le choix de perdre leur vie, de passer à côté d’elle et de tas d’autres choses. J’explique ce que je ressens et ne force personne à adopter mes idées et ma façon de voir, mais mes enfants sont grands et tous les trois, presque, indépendants alors, je veux vivre, libre, herbe folle, non aliénée aux normes, aux contraintes et aux autres.

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6 réflexions au sujet de « Perdre sa vie à la gagner »

  1. Ping : Trop travailler | FrancoiseGomarin.fr

  2. Ping : Mai 1968 : les causes, l’esprit… | FrancoiseGomarin.fr

  3. Pas tout à fait d’accord sur certains points. Oui, il y a des abus, oui certains salaires sont trop « maigres »… Le travail est une chose, se faire avoir en est une autre !
    J’aime ma liberté, mais pas au détriment de celle des autres…Or, il faut bien que quelqu’un travaille, ne serait-ce que…pour payer nos retraites !!! on ne peut pas vivre de l’air du temps.

  4. Vous me dites « J’aime ma liberté, mais pas au détriment de celle des autres« . C’est pareil pour moi.
    J’ai travaillé et j’ai laissé très tôt ma place. J’ai une retraite proportionnelle à mon activité. C’est un choix que j’assume.
    Ce qui me choque et que je voulais mettre en évidence, ce sont les contraintes du travail et les différences injustifiées entre salaires.

    Nous sommes admiratifs et envieux des émoluments de stars (sport, musique, cinéma ou télévision), nous plaignons les Smicards ou les Rmistes, mais personne ne semble se choquer des salaires misérables versés à certains jeunes diplômés, ingénieurs issus de grandes écoles, corvéables 50 voire 60 heures par semaine.

    Oui, « il faut bien que quelqu’un travaille, ne serait-ce que pour payer nos retraites« , je suis d’accord, mais la différence de revenus entre celui qui travaille et celui qui vit de revenus de transfert (allocations diverses) n’encourage pas à l’effort. Le système est « détraqué ».
    Pourquoi donc ne pas choisir une voie différente : celle de la liberté ?
    Vous le voyez, chère Geneviève, ce sont les traces de mai 1968 : retour à la nature, à la liberté, Flower Power… Je ne deviendrai pas éleveuse de chèvres dans le Larzac mais je crois qu’on peut être heureux plus simplement.

  5. Bien sûr qu’on peut être heureux plus simplement….Ce qu’il faut, c’est pouvoir vivre des fruits de son travail (retraite comprise !), mais vivre décemment dans un sens ou dans l’autre ! L’indécence est constituée aussi de salaires trop élevés…et il y en a ! Payer le travail à sa juste valeur. Ne pas majorer, ne pas minorer…Toujours ce fichu « juste milieu »! Et je crois que trop d’assistanat n’est pas sain….La « considération » des salariés n’existe plus ou peu…ce n’était pas le cas quand j’ai commencé à travailler…J’ai peut-être eu de la chance ?

  6. Merci Geneviève pour votre commentaire.
    Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous écrivez à propos de la considération pour le travail et à propos l’assistanat. Fichue époque !
    C’est voir les jeunes diplômés galérer avec des salaires de misère et peu de considération pour leurs efforts qui me révolte en ce moment. L’assistanat, je préfère ne pas y revenir, ce serait bien trop long.
    Bonne journée à vous et à bientôt.

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