Indécent, indécente, indécence, est-ce que ces mots ont encore un sens ? Est indécent ce qui est contraire aux convenances, ne respecte pas les règles de la bienséance, ce qui choque. Je pourrais évoquer avec vous des individus et leurs comportements indécents : Zahia, Nabila, Jérôme Cahuzac, Bernard Tapie ou des émissions de télévision comme « Nice People », « Confessions intimes » ou… je ne sais pas ce qui existe mais il doit y en avoir des « gratinées » comme on dit. Je préfère maintenant parler de l’indécence des salaires.
Oui, des salaires indécents existent. Ceux des footballeurs par exemple, salaires dont on nous rabat les oreilles et qui font rêver ou mettent en colère. Je ne parlerai pas des cachets d’artistes qui sont plus aléatoires. Je reviens sur le quotidien, les salaires payés mensuellement, les salaires indécents par leurs montants. Ils sont, pour certains, accompagnés quelquefois de tas d’autres avantages hallucinants et permettent à ceux qui les perçoivent de vivre comme des nababs. Pendant ce temps, d’autres travailleurs peinent à survivre avec des salaires indécents par leur « minceur ». Les extrêmes se rejoignent dans l’indécence : trop ou trop peu. Comment dépenser quelques millions par mois ou à l’inverse, comment survivre pendant un mois avec 800 euros ?
Élevée à Grenoble, j’ai retenu du marxisme, doctrine favorite de l’université locale, que la force de travail est la seule chose (ou presque) que possède le travailleur. Il la loue donc à un patron, en échange d’un salaire avec l’espoir d’un salaire décent.
La force de travail, c’est ou plutôt ce sont les bras, les jambes et la tête. Le prix de cette force de travail, c’est le salaire, la valeur nécessaire pour la reproduire. Le salaire minimum, en clair, c’est donner à un travailleur juste de quoi survivre, juste de quoi manger. Se loger, c’est déjà du luxe.
Or, la valeur ajoutée par le travail est estimée à un niveau plus élevé par le capitaliste que le prix payé au travailleur ; c’est sur cette plus-value que se fonde le profit du capitaliste.
Indispensable, cette plus-value permet l’entretien ou le renouvellement du capital technique (les machines), elle permet aussi l’enrichissement du « patronat » qui ne fait pas travailler son argent par philanthropie pure. Il y a donc une part normale du profit mais au delà, les profits deviennent indécents à mesure qu’ils grossissent.
Quant aux salaires des dirigeants… Le grand patron d’une société du CAC 40 peut percevoir 8 millions d’euros par an en salaires, bonus, stock-options, dividendes, cadeaux de bienvenue ou de départ, cotisations de retraites complémentaires, maison, voiture et autres avantages en nature alors qu’un salarié de base peut percevoir pour un travail à plein temps : 1 120 euros net par mois en janvier 2013 soit 2 € mensuels de plus qu’en janvier 2012. Si ce n’est pas un « foutage de gueule » quand on sait combien dépensent nos élus…
N’oublions pas aussi qu’un « ingénieur diplômé d’une grande école » peut ne gagner, en débutant (et pour longtemps aussi) que 1 700 € net ; c’est bien mal rémunérer l’investissement dans les études, le temps de travail, les responsabilités. Quand on sait que le SMIC doit être payé à n’importe quel travailleur même illettré et sans qualification et qu’il soit offert de la même façon à un jeune diplômé débutant me parait choquant. Une échelle des salaires, une grille des salaires basée sur la valeur, le mérite, les diplômes est nécessaire.
Nous avons besoin de bon sens et de repères. De droiture, d’honnêteté aussi, mais là, je rêve.
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