Hommes célèbres de la Réunion (2) : Dayot

Qui connait Eugène Dayot ? Vous ? Bravo ! Vous faites partie d’un minuscule groupe. Eugène Dayot, né le 8 août 1810 à Saint Paul de la Réunion, mort le 19 décembre 1852, est un journaliste, poète et romancier réunionnais.

Fils d’un officier de marine, élève brillant il contracte, à l’âge de vingt ans, la lèpre qui se déclare après son retour de Madagascar.  Meurtri par cette maladie alors incurable, il se consacre à l’écriture. Sa poésie porte l’empreinte de sa maladie. Il se qualifiera lui-même de mutilé.

En 1839, il fonde le journal Le Créole puis Le Courrier de Saint Paul dans lequel, il devient feuilletoniste en écrivant Bourbon pittoresque. L’histoire fait revivre les combats qui se sont déroulés à l’île de la Réunion au XVIIIe siècle et qui opposaient les Blancs de la côte (notamment François Mussard et Touchard) aux Noirs marrons (Diampare, Pyram, Cimendef et Mafate). Ses descriptions des différents aspects de l’île sont détaillées et ses portraits touchants.

Journaliste engagé, il se bat pour les causes humanitaires, il rejoint les partisans de l’abolition de l’esclavage et s’oppose à la peine de mort.

A la fin de sa courte vie, Eugène Dayot promenait son ironie et sa détresse sous un large chapeau de paille, d’immenses lunettes et écrira un de ses biographes, « des lèvres serrées, fines, narquoises, d’où plus d’une fois a dû s’élancer la flèche sarcastique. » Voilà un de ses portraits.

Que reste-t-il aujourd’hui d’Eugène Dayot ?

Quelque temps après sa mort, son ami J.-M. Raffray se désolait déjà de l’ingratitude du public : « Ce n’est plus qu’un souvenir que ses quelques amis conservent au plus intime de leur cœur ; pour sa mère, un éternel regret ; pour la foule, un indifférent dont le vent a déjà emporté la mémoire. » Plus crûment, c’est Dayot lui-même qui ne se fait aucune illusion. Dans un poème douloureusement ironique intitulé Moi, il conclut :
« Dans ce monde où tout naît, tout vit, tout doit mourir, //Que laisserai-je ?… Rien… Pas même un souvenir ! »  (24 mars 1836)
Un souvenir, peut-être pas. Du respect sûrement. Oh, pas celui des lettrés, des universitaires, qui ont disséqué ses œuvres, ses phrases mais celui d’un homme tout simple, un employé communal de Saint-Paul qui s’étonnait à peine que l’on vienne prendre en photo la tombe de Dayot : « Vous avez vu comme on l’entretient ? C’est que ce boug-là, c’était un poète. »

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