Je vous ai déjà dit que j’étais bavarde et que mes conversations portaient sur des sujets variés. Il suffit d’un moment avec un interlocuteur pour enchaîner les discussions. Pourtant, je vous assure que je suis capable de rester silencieuse quand je n’ai pas envie de parler. Oui, il m’arrive maintenant de ne pas parler. Quand je sais que je ne serai pas comprise, pas entendue, à quoi bon perdre sa salive ?
La semaine dernière, lors d’un mariage, une jeune femme de ma connaissance et moi, dans l’église, avons papoté et parlé de Judas ; je crois que ceux qui nous ont entendues ont dû penser que nous étions des mécréantes, sans morale. Pourquoi ? Nous étions en train de défendre ce traître de Judas, oui toutes les deux. Je vous l’ai déjà dit, j’aime prendre la défense du plus malheureux. L’esprit chevaleresque existe aussi chez les femmes, à moins qu’il ne s’agisse d’une propension féminine à la charité.
Revenons à Judas, un pauvre homme maudit par la société. Il suffit qu’on se débarrasse des idées, des traditions catholiques pour le regarder avec compassion. En effet, Judas l’Iscariote était sans doute un très bon apôtre, initié aux mystères du règne de Dieu par Jésus en personne. Loin de livrer le Messie, son Maître, aux Romains pour quelques trente misérables pièces d’argent, comme on nous l’a répété (et même chanté), le disciple aurait agi sur ordre de son prophète qui souhaitait en finir au plus vite avec sa vie terrestre.
On peut penser que le « vieil Iscariote« , ce « vrai p’tit pote » chanté par Léo Ferré, Judas n’avait pas le choix (C´est pas d´ ta faute si t´es comme ça) : c’était écrit, il fallait qu’il trahisse Jésus afin que s’accomplissent les Écritures.
Lors de la Cène, lorsque les disciples se tournent vers Jésus pour savoir lequel d’entre eux le désignera aux autorités romaines. « Judas lui demanda: »Serait-ce moi, rabbi ? » – « Tu l’as dit », répond Jésus »(Matthieu, XXVI, 25). Alors ? L’apôtre n’était pas responsable, c’était écrit.
Un auteur a éprouvé de la pitié pour Judas : Maxime Leforestier ; sa chanson est fort bien interprétée par Serge Reggiani et chaque fois que je l’entends, j’ai les larmes aux yeux. Même si Judas « a fait le choix » inéluctable de trahir, le remords l’a tué : «J’ai péché en livrant le sang innocent», a-t-il dit. Était-il véritablement responsable ? Disposait-il vraiment de son libre-arbitre ?
Pourquoi Judas reste-t-il pour la plupart des Hommes un infâme traître ? Dieu, dans son infinie bonté, doit l’avoir gracié. Et les Hommes, auraient dû faire de même, ceux qui récitent le Notre Père répètent sans comprendre et sans réfléchir : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… Ah les pâtenôtres !
S’il est vrai que Judas a livré Jésus en indiquant aux Romains où ils pouvaient le trouver, comme c’était prévu, par contre pourquoi Pierre, qui renia trois fois Jésus, est-il passé à la postérité comme fondateur de l’Église ? Était-ce beaucoup mieux ? Était-il plus fidèle, plus honnête ?
Est-ce parce que Judas, en plus, s’est suicidé ?
Grande question : se suicider, courage ou lâcheté ? C’est en tous cas, nier le fatalisme et/ou sans doute refuser Dieu.
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