« L’imagination populaire simplifie les conditions du monde réel ; elle suppose que pour faire son bonheur, il suffit d’un homme de bonne volonté », écrivait Maurice Barrès dans L’Appel au Soldat. Peut-être avons nous été trop conditionnés par notre éducation religieuse ? Moïse, le guide, a conduit son peuple vers la Terre promise et le bonheur en endurant mille tracas. Attendons-nous un nouveau Moïse, un sauveur ? Croyons-nous aux miracles ? Referons-nous toujours les mêmes erreurs ?
La République, chaque fois qu’elle est confrontée à une crise, une guerre, a la tentation de trouver l’homme providentiel. Il y a eu Bonaparte, De Gaulle et dans une certaine mesure Pétain. La République fonctionne à l’émotion et au rêve, comme si elle culpabilisait encore d’avoir détruit la monarchie et comme si elle se rachetait en donnant la légitimité à un seul homme, nouvelle incarnation de l’Etat. Curieux pour des Français qui se disent rationnels, cartésiens !
A l’étranger, plus encore, nous pouvons trouver des cohortes d’hommes providentiels, il s’agirait donc d’une réaction humaine collective et universelle que de laisser la part belle à un individu qui serait le prophète, le héros d’une situation. Si certains d’entre eux (rares) ne s’accrochent pas au pouvoir, d’autres par contre ne veulent plus le quitter. Ainsi Bonaparte instaura l’Empire en espérant fonder une dynastie, d’autres ont fondé des dictatures totalitaires : Mao, Castro, Péron, Salazar, Ceaucescu, plus récemment Kim Jong-Il… les exemples ne manquent pas.
Barack Obama n’a-t-il pas fait ou ne fait-il pas encore figure d’homme providentiel planétaire ? Un noir à la Maison Blanche, tous les espoirs sont permis. Malheureusement la Providence n’a que peu de pouvoir ces temps derniers, la grande Finance a tout accaparé et Barack Obama ne peut compter que sur lui et des concitoyens prêts à faire quelques efforts supplémentaires, comme partout. Reste-t-il un seul pays de Cocagne ?
Quand une société traverse une période de désarroi social, économique ou moral, quand elle connaît une crise de confiance envers ses dirigeants, elle les rejette et cherche quelqu’un qui permette de passer au dessus des divisions. Barak Obama a fait figure de Messie, il y a quatre ans. Aujourd’hui, sont-ils nombreux les « Américains » à lui faire confiance ? Tâche bien difficile à mener que celle d’organiser de façon plus démocratique et plus juste un ensemble aussi disparate que les Etats-Unis d’Amérique ! Pensez que les membres de la famille de l’oncle Sam ont une langue commune et tout au fond d’eux cet esprit de pionniers qui manque à l’Europe. Comment pouvons-nous amalgamer sans difficulté les citoyens de vingt-sept états aussi différents que la Finlande, le Portugal, l’Irlande ou la Bulgarie ? Des langues, des religions, des physiques, des régimes politiques différents… une « belle » macédoine.
Et nous, rien que nous, qui avons-nous en France en ce moment ? Pas d’homme providentiel, c’est sûr. Personne qui entretienne un lien intime avec le peuple, personne qui ne fait l’objet de vénération, (Noah à défaut d’Abbé Pierre), personne qui ne semble avoir de grands desseins pour la France, ni même de véritable vision politique. Nous n’avons malheureusement que des politicards intéressés par un siège, un portefeuille ou une réélection.
Triste constat et triste futur choix.
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