Le moulin de Fontvieille

J’ai évoqué ma promenade du côté d’Arles et bien sûr, j’ai fait un crochet par Fontvieille pour marcher dans les pas de Daudet. Le soleil n’était pas au rendez-vous, heureusement le mistral ne soufflait pas. J’ai donc revu le moulin Saint-Pierre (ou Moulin Ribet), dit « Moulin d’Alphonse Daudet », sur une hauteur proche du village.

Tout ce qui est en italiques est extrait des « Lettres de mon moulin ».

Ce moulin a été construit en 1814 et c’est l’un des derniers à avoir cessé de tourner en 1915. Contrairement à la légende locale, Daudet ne l’a jamais habité, même s’il a écrit sur ce bâtiment : «Une ruine ce moulin ; un débris croulant de pierres et de vieilles planches, qu’on n’avait pas mis au vent depuis des années et qui gisait, inutile comme un poète, alors que tout autour sur la côte la meunerie prospérait et virait à toutes ailes.» Ce moulin se visite (pas en hiver).

Je le répète, Alphonse Daudet n’y vécut jamais et n’en fut pas même le propriétaire. S’il se décide un jour à acheter un moulin, ceci ne restera qu’un projet : «Mon moulin ne m’appartint jamais. Ce qui ne m’empêchait pas d’y passer de longues journées de rêves , de souvenirs , jusqu’à l’heure où le soleil hivernal descendait entre les petites collines rases, dont il remplissait les creux comme d’un métal en fusion, d’une coulée d’or toute fumante». Ses séjours à Fontvieille se déroulaient au château de Montauban, proche du moulin (environ un kilomètre), propriété de son cousin Louis et son épouse Octavie Daudet (née Ambroy).

Alphonse Daudet, en passant beaucoup de temps dans la région, noua des amitiés et bavarda avec les habitants du crû ce qui lui permit d’écrire des nouvelles imprégnées de l’esprit des Provençaux. Le moulin fut même le sujet principal d’une de ces histoires : «Le secret de maître Cornille».  « Francet Mamaï, un vieux joueur de fifre, qui vient de temps en temps faire la veillée chez moi, en buvant du vin cuit, m’a raconté l’autre soir un petit drame de village dont mon moulin a été témoin il y a quelque vingt ans. »

Je vous propose de regarder un extrait de film, pas très fidèle à l’écrit pour les détails mais proche sur le fond.

« Maître Cornille était un vieux meunier, vivant depuis soixante ans dans la farine et enragé pour son état. L’installation des minoteries l’avait rendu comme fou. Pendant huit jours, on le vit courir par le village, ameutant le monde autour de lui et criant de toutes ses forces qu’on voulait empoisonner la Provence avec la farine des minotiers. « N’allez pas là-bas, disait-il ; ces brigands-là, pour faire le pain, se servent de la vapeur, qui est une invention du diable, tandis que moi je travaille avec le mistral et la tramontane, qui sont la respiration du bon Dieu… »

Alors, si on lui demandait d’où diable pouvait venir tant d’ouvrage, il se mettait un doigt sur les lèvres et répondait gravement : « Motus ! je travaille pour l’exportation… » Jamais on n’en put tirer davantage.« 

Ce qui m’a frappé reste très actuel : la ruine vient de l’étranger, un ailleurs moins lointain à cette époque. « Malheureusement, des Français de Paris eurent l’idée d’établir une minoterie à vapeur, sur la route de Tarascon. Tout beau, tout nouveau ! Les gens prirent l’habitude d’envoyer leurs blés aux minotiers, et les pauvres moulins à vent restèrent sans ouvrage.»

Un seul moulin tourne encore, celui de Maître Cornille. Mille suppositions sur la provenance du blé à moudre. Quel est ce secret si soigneusement gardé ?

Il est découvert un jour par Vivette, la petite fille du meunier et son amoureux. Le secret ? «C’était ce plâtras qu’il promenait le soir par les routes, pour sauver l’honneur du moulin et faire croire qu’on y faisait de la farine… Pauvre moulin ! Pauvre Cornille ! Depuis longtemps les minotiers leur avaient enlevé leur dernière pratique. Les ailes viraient toujours, mais la meule tournait à vide… »

Tout a une fin en ce monde, et il faut croire que le temps des moulins à vent était passé comme celui des coches sur le Rhône…

Nous avons vu la fin de bien des choses déjà, selon notre âge : les trains à charbon,  le téléphone  filaire, le service militaire… Risquent de disparaître l’air pur et gratuit, l’eau douce, des espèces animales, la liberté…
Assisterons-nous à la fin générale d’un monde insatisfaisant ? Fin 2012 ?

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9 réponses à “Le moulin de Fontvieille”

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