Je suis sûre que le mot « morgue » ne vous est pas inconnu et que vous le trouvez sinistre. Or, morgue vient du verbe « morguer », qui vient du latin populaire murricare, faire la moue, signifie « regarder avec hauteur ».
Qu’est-ce donc que la morgue ?
La morgue, dans un premier temps, désignait l’endroit d’une prison où les guichetiers dévisageaient les prisonniers avant de les écrouer, puis elle est devenue le lieu à Paris où l’on a cherché à reconnaître les cadavres, au moyen d’une exposition publique. Il y a là quelques histoires plus ou moins sinistres, glauques à raconter.
Mais la morgue est aussi une attitude, une contenance hautaine et méprisante ; par exemple, la morgue aristocratique, hautaine, insolente, insultante, superbe.
Se comporter avec morgue n’est pas particulièrement une attitude sympathique. « Je n’ai jamais eu l’air hébété ou suffisant, la gaucherie, les habitudes crasseuses des hommes de lettres d’autrefois, encore moins la morgue et l’assurance, l’envie et la vanité fanfaronne des nouveaux auteurs (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe., t.1).
Que dirait notre ami François-René, s’il revenait aujourd’hui, de nos hommes de lettres et plus encore de nos hommes politiques ? Chateaubriand, lui qui, a fait s’exprimer ainsi le Général De Gaulle : « Chateaubriand aurait pu être un grand ministre. Je l’explique non point seulement par son intelligence aiguë, mais par son sens et sa connaissance de l’histoire, et par son souci de la grandeur nationale. J’observe également combien il est rare qu’un grand artiste possède des dons politiques à ce degré« .
On observe dans ses « Mémoires d’outre tombe » une dualité entre le Chateaubriand personnel qui exalte ses sentiments avec un lyrisme romantique et le Chateaubriand public, le mémorialiste qui fait la chronique de son époque, qui a vu l’avènement de la démocratie à laquelle il s’opposait, estimant que la France n’était pas encore mûre (Mémoires d’outre tombe, 6 juin 1833). Tout au long de son œuvre les deux personnages se regroupent en un seul, ils s’associent ; ainsi toute la vie politique de Chateaubriand fut influencée par ses sentiments personnels et sa solitude ; celle-ci s’est transformée en une peur à l’idée d’un éventuel complot qu’il croyait fomenté contre lui depuis qu’il avait été éloigné à plusieurs reprises du pouvoir monarchique. Sa pensée et ses actions politiques semblent offrir de nombreuses contradictions ; il se voulait à la fois l’ami de la royauté légitime et de la liberté, défendant alternativement celle des deux qui lui semblait être en péril :
« Quant à moi, qui suis républicain par nature, monarchiste par raison, et bourbonniste par honneur, je me serais beaucoup mieux arrangé d’une démocratie, si je n’avais pu conserver la monarchie légitime, que de la monarchie bâtarde octroyée de je ne sais qui. »
Chateaubriand, De la nouvelle proposition relative au bannissement de Charles X et de sa famille, 1831
Chateaubriand, c’était un désespéré, il avait prévu l’avenir…
Quelle démocratie aujourd’hui ?
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