Cassandre et la dictature

Je crois avoir évoqué Cassandre à plusieurs reprises (cliquez sur les mots bleus, pour lire) : , , ou LÀ. Les “Cassandre”, de tous temps, existent mais, s’ils ont le don de dire l’avenir, gratuitement, juste pour avertir des dangers vers lesquels nous courons, leurs prédictions ne sont jamais crues. Tant pis pour nous ! Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Vous l’avez bien entendu : “L’écart entre les plus pauvres et les plus riches se creuse encore. “

Peut-on encore parler de démocratie dans les pays où ces situations se multiplient ? Jean-Bedel Bokassa, en costume napoléonien, se faisant sacrer empereur de Centrafique ; Sapamourad Niazov obligeant un peuple entier à ânonner ses poèmes ridicules ; Elena Ceaucescu nommée plus grande scientifique de tous les temps ; Kim Jong-Il et l’absurbe en Corée du Nord ; Erdogan et son palais présidentiel de mille pièces ; Idi Amin Dada en Ouganda et tant d’autres Franco, Hitler et compagnie…

En janvier 2012, Louis-Albert Serrut  dans “Naissance d’une dictature”, Collection Politique, éditions de la Différence, se demandait « La démocratie en France a-t-elle définitivement disparu ? » Un autre Cassandre, qui l’ entendu ?

Poser la question de la démocratie potentiellement disparue en France, en 2012, c’est reconnaître que déjà elle ne subsiste plus, pour certains, que comme la nostalgie d’une époque presque complètement révolue. C’était effrayant. N’avez-vous pas eu peur ? Qu’en est-il aujourd’hui en 2021 ? Toujours pas peur ?

La « dictature post-démocratie », comme il l’appelle, « n’est pas une dictature qui s’instaure dans la violence et le coup d’État mais par la transformation discrète de la démocratie, celle-ci étant un préalable nécessaire. (…) La dictature post-démocratie maintient les institutions de pouvoir et de contrôle mais les façonne pour les mettre à son service»

Voila une liste des entorses à la démocratie constatées de 2012 à 2021 :

  • destruction du service public : seule la rentabilité importe,
  • feuilletages des organisations, multiplication des services et des responsables pour diluer la responsabilité de tous les chefs et “chefaillons”,
  • anéantissement de la culture,
  • baisse du niveau scolaire par un allègement du nombre d’heures d’enseignement de base, la diminution du nombre d’enseignants,
  • prise en main des médias,
  • mise au pas de la justice,
  • mainmise sur le pouvoir législatif (votes, en catimini, de lois et de décrets, en vitesse, de nuit par trois pelés et deux tondus, abus de l’article 49.3…),
  • mépris des individus (sans dent, gueux, manants, illettrés, Gaulois réfractaires, les “ceux qui ne sont rien”,… enfin procureurs, quand les mots commencent à manquer pour désigner la peuple, la populace, la multitude, la masse, le commun, le troupeau, la canaille, racaille, multitude ignorante, en bref pour faire savant le vulgum pecus ;
  • réduction des individus à des groupes ou des castes, c’est-à-dire promotion de la masse informe, du troupeau,
  • division de la population selon les emplois, métiers, religions, faciès, quartiers,
  • gestion de l’État comme une entreprise où prédomine la culture du chiffre et de l’emprunt plutôt que l’idée d’économies, de réductions des dépenses quasi monarchiques,
  • discours lénifiants et insensés, dépourvus d’humanité et d’humanisme,
  • décrets d’états d’urgence, anti-terroristes, puis sanitaire (le Covid a bon dos),
  • régression sociale : le droit du travail est démoli petit à petit,
  • promesses jamais tenues de référendum citoyen (pas un plébiscite du chef de l’État),
  • … à compléter selon vos idées,

Du texte de Louis-Albert Serrut, j’ai retenu :

« Le premier des instruments est le mépris. Le dictateur fait peu de cas du peuple, des citoyens. Il les méprise comme il méprise la démocratie et ses règles de représentation, les scrutins, les élus et le dialogue social.

Le second est la vitesse. Véritable instrument stratégique, il consiste à produire de manière incessante des décisions, des lois, des réformes dont la succession rapide annihile et épuise toute possibilité de réflexion et de contestation. Lorsque celles-ci ont mûri, c’est un autre sujet déjà qui fait l’actualité. »

« Le chef de l’Etat pratique la « désémantisation », c’est-à-dire vide les mots de leur sens ou change celui-ci. La régression sociale est dite modernisation, les services publics deviennent des entreprises à capitaux privés, le TEPA vaut justice fiscale, la révolution est capitalistique, l’atteinte aux libertés est qualifiée de sécurité, surveillance et contrôle sont synonymes de progrès, le progrès est l’appauvrissement de la majorité des citoyens, la connaissance et le savoir sont dangereux, la solidarité s’appelle charité et la compassion est la vertu du simplisme martial du chef de l’Etat. »

L’auteur précisait que l’ennemi de la démocratie est avant tout celui qui centralise les pouvoirs, qui les tient tous dans sa main. Il faut donc rendre aux citoyens le pouvoir qui est le leur, les tenir pour garants des institutions et mettre en place une nouvelle constitution qui concentre moins les pouvoirs aux mains d’un seul (la constitution de la Ve république avait été taillée sur mesure par et pour de Gaulle .

Nous sommes pour le fédéralisme communaliste, pour l’exercice de l’autorité sur place, par des hommes responsables qui savent ce qu’ils font, dans un cadre qui soit à mesure d’homme.” 

J’ajoute “qui savent ce qu’ils font” et pas n’importe quoi pour le bien commun et non pour satisfaire leur propre intérêt ou servir celui des quelques-uns et ce, à quelque niveau que ce soit, de la plus petite commune au sommet de l’État. Assez de tous ces guignols, marionnettes soumises aux désirs d’un seul manipulateur.

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Une réflexion sur « Cassandre et la dictature »

  1. je pense aussi que des Alain Minc ou des Jaques Attali savent parfaitement ce qu’ils font, en pronant la mondialisation et la perte de souveraineté comme conséquence pour le pays, mais pas pour la finance.
    Si on veut bien considérer ce quinquennat, ce sont les forces de l’ordre, soumises au pouvoir qui permettent à celui ci de se maintenir, et pourtant, ce même pouvoir le méprise !
    Est ce qui explique les suicides de plus en plus nombreux ?
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

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