Chinois

Le racisme anti-chinois existe bel et bien et ce, depuis… toujours ? En tous cas, depuis longtemps en France, il sévit. Je sais de quoi je parle, je suis mariée à un Français d’origine chinoise, mes enfants sont métis et ont souffert de cette attitude. Bon nombre de nos concitoyens ont bonne conscience et disent « non, on n’est pas raciste envers les Chinois. » Et bien si, ce racisme-là existe, seulement les asiatiques ne sont pas des « gueulards ». Ils travaillent et restent souvent silencieux.

Que vous le vouliez ou non, le racisme anti-asiatique fait partie des maux de la société française. Il faut que j’en parle car il est souvent nié.

N’avez-vous jamais entendu : «Ils mangent tout, ces gens-là», «Ça ne m’étonne pas que ça vienne de Chine, parce que côté hygiène, là-bas…» ? Pourtant côté hygiène, je vous assure que l’hygiène corporelle est un souci majeur pour les asiatiques, ils sont propres ; quant à leurs habitudes alimentaires, elles sont différentes des nôtres, c’est tout.

L’épidémie de coronavirus 2019 n-Cov qui sévit en Chine depuis décembre 2019 a ouvert la boîte de Pandore du racisme anti-asiatique partout dans le monde. Les réseaux sociaux débordent d’insultes, les médias font gonfler la psychose et les gens se sentent autorisés à être racistes dans la rue envers  les asiatiques ; dans les cours d’école, les enfants répètent ce qu’ils entendent  et ce n’est pas joli-joli, ni gentil. Rien de tout cela n’est acceptable même si cela parait « normal ».

Souvenez-vous de la mort de cet asiatique, en 2016 à Aubervilliers, des suites d’une agression parce qu’il avait sans doute de l’argent liquide sur lui. (Les Chinois sont riches.)

Pourquoi y a-t-il toujours un doute quand j’évoque l’existence du racisme anti-asiatique ?

Je sais qu’il existe, ma famille en a souffert et ça continue même si on finit par y prêter moins d’attention. Quand je me suis plainte, on a toujours mis en doute mes propos et pourtant je vous assure que tout ce que je dis dans ce domaine est vrai.

Je me souviens que plus jeune j’avais eu peur du « péril jaune » (qui est plus insidieux que je ne le craignais) avant même le film de Jean Yanne en 1974 : « Les Chinois à Paris » . Ce film vous a-t-il inquiété ou fait sourire ? (Il ne critique pas tant que ça les Chinois d’ailleurs.)

Résumé rapide : L’Europe est envahie par l’armée de la Chine maoïste. Le président de la République française appelle le peuple à la soumission mais immédiatement après son allocution, il s’envole pour New York, pendant que les Parisiens s’entretuent sur l’autoroute pour pouvoir fuir. L’armée chinoise occupe la France sans effusion de sang et s’installe, en même temps que les autorités de l’État, de l’Église et la presse viennent offrir leurs services. L’occupant entreprend de mener une révolution prolétarienne en France, à la manière chinoise : l’une des premières mesures est la suppression des voitures individuelles. Suivent d’autres changements ; les Chinois sont entraînés dans la débauche des Français et épuisés. finissent par évacuer la France sans coup férir. La France est libérée, le président de la République rentre des États-Unis et un profiteur de guerre vient lui vendre tout le matériel militaire abandonné par les Chinois ; le même va revendre au pape tous ses pousse-pousse.

Une chose est sûre : le « péril jaune » n’a jamais totalement quitté les esprits. Je vous donne quelques exemples vécus par ma famille et moi :

  • quand j’habitais encore à Grenoble, il y a plus de quarante ans, j’ai vu des voisins rigoler devant la boîte aux lettres à cause du nom de famille et me dire des trucs stupides du genre « un Chinois qui tombe par la fenêtre, ça fait Chine… toc ! » ; « écrasé sur une route, ça devient une bande jaune » ;
  • à la clinique où je travaillais un médecin m’a demandé s’il n’y avait pas assez de blancs pour que je choisisse un jaune ;
  • ma mère elle-même m’a dit qu’on ne pouvait pas faire confiance à ces gens-là qui parlent peu et ne montrent pas leurs sentiments ;
  • au rectorat de l’Île de La Réunion, mon dossier de traitement a mis beaucoup de temps à être régularisé sous prétexte que mon mari chinois devait être commerçant et de ce fait que je ne manquais pas de moyens financiers, ce à quoi j’ai répondu que même s’il était ministre je voulais être payée pour le poste que j’occupais (ce qui m’a malheureusement attiré ensuite l’animosité de quelques personnes);
  • à l’école maternelle de Saint Louis de La Réunion : la directrice a dit à ma fille, que, contrairement à ses camarades de classe, elle n’aurait pas de petit cadeau pour Noël à l’école parce que son papa devait avoir une boutique et donc de gros moyens. Bien métissée zorey (avec une pointe de sang andalou, elle a répondu : « il n’a pas de boutique, il a un boulot. » (et elle, trois ans et demi) ;
  • dans l’avion Air France : une hôtesse de l’air m’a demandé où j’avais eu mes enfants ? Surprise, j’ai dit « Ben à La Réunion, c’est là que j’habite. » J’ai compris ensuite qu’elle pensait que je les avais adoptés comme ce fut souvent la question en métropole quand je me promenais avec mes enfants un peu typés.
  • un voisin à La Réunion nous a traité de « bouffeurs de riz »,
  • un facteur m’a dit qu’avec un nom à cocher dehors, il pouvait se tromper dans la distribution (?), (je passe tous les détails),
  • ma fille aînée, en école de commerce en métropole, a entendu le jour de la rentrée, au moment de l’appel, un professeur demander à haute voix « elle est où la Chinetoque ? » Comme elle est peu typée asiatique contrairement à sa sœur, elle s’est levée et a dit « c’est moi ! ».  « Un ange est passé » mais elle a payé son audace tout au long de l’année par des remarques déplacées et une note finale correcte mais injuste.
  • cette même fille avait l’année précédente, en fin d’étude d’une école nationale d’ingénieur , répondu à une annonce passée par une entreprise dans cette école. Tous ses camardes de promotion avaient obtenu une réponse sauf elle, elle a repris contact avec l’entreprise qui a dit n’avoir pas reçu sa candidature ; deuxième envoi, toujours le même silence ; un nouveau courrier avec mon nom de jeune fille au lieu du nom de son père et là, elle obtient une réponse. Pas de racisme ? Que faire ?
  • je me revoyais des années auparavant quand nous avons décidé mon mari et moi de quitter la métropole où il était impossible pour mon mari d’obtenir un emploi malgré sa formation. Un nom handicapant.
  • quant à ma seconde fille, dans l’école d’ingénieurs où elle était, un enseignant (noir, africain) lui a demandé  à la rentrée (fort gentiment) si elle comprenait bien le français ; elle a dit que née à Saint-Louis de la Réunion avec une mère née à Grenoble, elle n’avait pas de problème… 

J’arrête ma liste mais les exemples ne manquent pas, je peux l’allonger. Mais à quoi bon ? J’avance dans ma vie en pensant à autre chose sans oublier toutefois les remarques qui ont été faites au fil du temps.

Aujourd’hui, avec le coronavirus, il est facile de dire que les Chinois sont la cause de nos maux, eux qui mangent tout, même des animaux sauvages, ne sont pas vraiment propres, et sont fourbes et dangereux.

Le racisme anti-asiatique est jugé, depuis les années 1970, racisme «supportable» par les personnes qui le profèrent, mais il reste insupportable pour celles qui en sont la cible même si les stéréotypes « asiatiques sont « positifs » : ils sont travailleurs, discrets, dociles, champions de l’intégration…

Malheureusement, puisqu’il faut toujours un bouc émissaire à un moment donné, l’âne des « animaux malades de la peste » est l’asiatique en ce moment ; notez bien que dans notre culture le jaune est la couleur de la traîtrise. Revoir mon ancien billet (couleur des cocus, des traitres et des malades).  

Quant à notre langue, elle offre des tas d’exemples « chinois » :

  • un chinois peut être un ustensile de cuisine, une passoire fine et conique rappelant la forme du chapeau des mandarins chinois ou même une brioche.
  • le portrait chinois : jeu de portrait consistant à deviner le nom d’une personne alors qu’elle est comparée à divers animaux, plantes, objets.
  • une chinoiserie est une tracasserie inutile et, le plus souvent au pluriel, avec une nuance péjorative : ce qui rappelle certaines particularités réelles ou attribuées au peuple chinois comme la bizarrerie, le goût de la complication, la tracasserie, la ruse,
  • chinoiser, c’est  discuter, être pointilleux,
  • parler chinois, c’est parler de façon incompréhensible, peu claire, à mots couverts.
  • être du chinois  : être aussi difficile, compliqué que cette langue.
  • chinoisement : de façon chinoise, rusée, méchante, étrange, compliquée. 

Guillaume Meurice de France Inter est allé voir les Français pour les interroger sur leur rapport à la population chinoise, voilà ce qu’il a entendu :

Édifiant, non ? Race jaune, colonie, mixité, etc.

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4 réflexions sur « Chinois »

  1. je sais ce qu’est le racisme, imagine, né en Allemagne en 44, mon père me ramène en France deux ans plus tard !
    Maman et moi avons subi, malgré un nom français, mais aujourd’hui je le comprends, pour l’entourage, c’ était une provocation.
    Je n’ai pas vu le film dont tu parles, mais lu  » quand la Chine s’ éveillera  » de Alain Peyrefitte !
    Que dire de la Chine, sinon que c’ est un régime autoritaire !
    D’ ailleurs ça explique surement pourquoi tant de chinois ont fui leur pays !
    Pour moi, les chinois expatriés font leur petit business sans faire de bruit, entre eux !
    Je ne pense pas avoir d’ à priori, mais j’ai quand même remarqué qu’en général, en Asie, les marchés n’ étaient pas très propres, pas plus que les élevages !
    On ne peut non plus nier qu’il y a un rapport entre la cuisine, la pharmacopée, et le braconnage !
    Pour le reste il me semble que comme partout, il y a des chinois riches, mais plus de pauvres !
    Bonne journée Françoise
    Bisous

  2. bonjour chere Françoise, eh bien rassure toi tout le monde n’est pas anti chinois…j’ai des amis chinois connus à Maurice, des amis merveilleux, qui se sont occupé de moi, comme peu de français l’auraient fait , j’ai une profonde admiration pour la Chine, oui bien sur « regime autoritaire », mais quel bond de géant n’ont ils pas fait ! les voila juste derriere les US, alors qu’ils sortent tout juste du moyen âge l ils sont confrontés à une terrible situation, mais ils s’en sortiront je suis sur ! j’imagine ta reaction, vos reactions, et l’incomprehension envers tout ce racisme anti chinois qui nous envahit , à la télé notamment, je suppose que dans la rue c’est pareil, et que dans votre vie vous avez subi , ainsi que vos enfants, plein d’attaques… je ne suis pas raciste, je ne supporte pas cet islam envahissant , mais ma petite fille a epousé un musulman, on peut se comprendre et s’estimer , sans faire du racisme ! s’il y a une population qui ne pose aucun problème en France, ce sont bien les asiatiques, j’ai une petite fille vietnamienne, elle m’a fait connaitre sa famille au Vietnam c’est fabuleux l’accueil ! il serait souhaitable que dans certaines familles françaises, il y ait autant d’affection ! (ce n’est pas mon cas, heureusement ! et chere Françoise, que tu t’appelles Gomarin ou avec ton nom d’epouse, ça ne me derange pas !! et je t’adresse toute mon affection, ainsi qu’à ton mari et ta famille, grosses bises
    (j’ai honte pour ces comportements antiracistes)

  3. Je comprends que tout ce racisme te touche surtout que les chinois en france sont bien les gens les plus discrets qu’il y ait !
    Ils ne font jamais parler d’eux.
    Quand nous faisions notre commerce, allant souvent nous approvisionner à paris, c’est toujours chez les chinois, qui sont les rois là-bas, que nous trouvions les meilleurs prix avec des personnes toujours prêtes à négocier, contrairement aux autres !
    Dans les affaires, le quartier chinois est très important et toujours le plus intéressant avec des gens très sympathiques.
    Dans mon adolescence, j’ai très longtemps été soignée par un vieux monsieur chinois aveugle qui était le seul à pouvoir me soulager alors qu’il n’avait aucun diplôme et sa petite fille était ma meilleure amie au lycée !
    Souvent moquée par les autres, je l’ai toujours défendue.
    D’où mon amitié profonde pour les chinois.
    Bon mercredi avec des températures hivernales et un temps bien gris,
    mais surtout encore du vent qui revient …
    Le moral dans les chaussettes n’arrange pas les choses, saloperie de thyroïde !
    Gros bisoux, ma françoise ♥

  4. Malgré la triste ambiance générale, je te souhaite une bonne fin de semaine
    Bisous françoise

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