Black-blocs

Je viens de retrouver un vieux billet, écrit et non publié au sujet des black-blocs dont les médias ont beaucoup parlé pendant la manifestation du Premier mai 2018 et récemment durant celles des Gilets Jaunes. Black-bloc, qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas toujours très clair d’après les dires des journalistes, une mise au point s’impose, il me semble.

Un black-bloc c’est d’abord une tactique de manifestation, une forme d’action directe collective, par un ou des groupes d’affinité qui, avant et après une action n’existe pas formellement. Il n’existe donc pas de forme précise du groupe, pas de chefs, pas de hiérarchie mais ses membres provisoires sont tout de noir vêtus et masqués pour garder l’anonymat. Ce sont des activistes issus des mouvances libertaires d’extrême gauche, anticapitalistes, de toutes origines sociales qui prônent une action directe de rue incluant quelquefois, de manière explicite, la violence contre certains biens et certaines personnes (policiers et militants d’extrême-droite).

Les black-blocs ont fait leur apparition à Berlin-Ouest au cours de l’hiver 1980. Leurs actions ciblent généralement les symboles de l’État (les forces de police, bâtiments administratifs…) et de la société capitaliste (banques, agences d’intérim, de publicité, entreprises multinationales…). Afin de justifier leurs interventions parfois violentes face à la mondialisation libérale, ces militants anarchistes soutiennent que le capitalisme est infiniment plus destructeur que leurs actions directes.

Les black-blocs ont été médiatisés lors des manifestations contre la guerre du Golfe de 1991, en 1999 à Seattle lors du contre-sommet de l’OMC, lors des manifestations contre les G8 à Gênes en juillet 2001, à Évian en 2003, à Heiligendamm en 2007, au contre-sommet de l’OTAN à Strasbourg en avril 2009 ou encore à Hambourg pendant le G20 en 2017.

Le terme de black-bloc a été créé par la Stasi, police politique de l’ex-République démocratique allemande, pour désigner les groupes d’anarchistes ou d’autonomes, cagoulés et vêtus de noir.

« Peu importe pour qui ils votent, nous sommes ingouvernables » (2008)

Dans les années 1990, les militants du mouvement nord-américain Anti-Racist Action (ARA) privilégient la confrontation directe contre les néo-nazis et les suprémacistes blancs en reprenant la tactique Black Blocs, bloquant les rues avec du mobilier urbain pour en faire des «zones autonomes temporaires» et attirer l’attention des médias.

Après les manifestations liées aux différents sommets du G8 en Europe au début des années 2000, les tribunaux européens ont poursuivi des personnes accusées d’être « membres de Black Blocs » pour «vandalisme», «association de malfaiteurs» et «association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste».

Pourquoi les a-t-on laissés tranquillement attaquer en France en 2019 alors que d’autres personnes étaient fouillées, interpellées, bousculées ? Parce qu’on ne les a pas vus arriver ? Peut-être aussi parce que ce n’étaient pas de véritables black-blocs. Toutes les suppositions sont permises depuis les casseurs connus et acceptés pour donner des raisons d’accuser les G.J. de tous les maux et d’interdire les manifestations suivantes. Peut-être même des envoyés du gouvernement. Allez savoir avec la voyoucratie, cf Benalla.

Certes les black-blocs se forment généralement au point de rendez-vous des manifestations loin du regard des policiers, derrière des bannières ou cachés dans la foule, ou pendant les manifestations quand une intervention policière ou une action directe se prépare. Groupes éphémères, ils forment une foule anonyme non identifiable, s’habillant et se masquant de noir pour symboliser l’unité, leur solidarité et l’égalité d hommes et femmes au sein d’un groupe. Ils portent souvent des blousons de cuir et des protections de fortune adaptées à la guérilla urbaine (équipement sportif, lunettes de ski ou de plongée) ; des perruques, cagoules, fusées marines, cocktails Molotov, marteaux de chantier, masques à gaz peuvent compléter leur panoplie. Les black-blocs ne sont pas des anges, ce sont des combattants.

Certains black-blocs pratiquent la destruction de biens matériels : attaques de banques, bâtiments gouvernementaux, sociétés multinationales, caméras de vidéo-surveillance, publicité et tout ce qui à leurs yeux représente le capitalisme et l’État. Cette volonté de ne pas frapper n’importe quelle cible est une constante de la violence autonome de rue. Ces actions sélectives ne visent pas à s’attaquer aux personnes, aux petits commerces, aux habitations et aux biens collectifs indispensables mais aux biens des représentants du capitalisme et l’État.

D’autres se donnent pour mission de protéger physiquement les manifestations. Ils opèrent alors différemment en concentrant tous leurs efforts sur les force policières, faisant reculer leurs lignes pour regagner du terrain perdu, forçant les lignes policières lors d’encerclement, libérant les personnes arrêtées (dé-arrestation), apportant un appui physique aux manifestants interpelés ou attaqués par les policiers et défendant physiquement les militants pratiquant la désobéissance civile contre les interventions policières. Les activistes n’hésitent pas à affronter violemment les Forces de l’Ordre qu’ils considèrent comme le bras armé du capitalisme et de l’État.

La tactique du black-bloc est utilisée par certains anarchistes et leurs sympathisants lors de manifestations pacifiques. L’anarchisme comptant beaucoup de partisans non-violents, les black-blocs défilent calmement, leur seule présence exprime une critique radicale ; ils prouvent que la violence n’est pas leur seul but.

Le problème des black-blocs c’est qu’ils sont infiltrés ou copiés par des casseurs, de simples voyous.

Qui étaient les « black-blocs » du 16 mars 2019 ? Qui étaient  les « black-blocs » des autres manifestations dites « Gilets Jaunes » ? Des black-blocs ou des casseurs ? 

Souvenez-vous aussi que parmi les personnes interpellées comme faisant partie du black-bloc pendant la manifestation du 1° mai 2018, on a constaté qu’un tiers étaient des femmes et des jeunes nés entre 1990 et 2000 et cinq individus étaient même mineurs. Il y avait cinq étrangers (un Allemand, un Belge, un Suisse, un Colombien et un Syrien), mais aussi, selon Franceinfo, un diplômé de l’Ecole centrale, rémunéré 4 200 euros mensuels, le fils d’un chercheur au CNRS et la fille d’un grand directeur financier qui, tous deux sont restés en détention provisoire en attendant l’audience, le 30 mai prochain (Pourquoi, eux ? Et pas les autres ?).

Aguerris et parfaitement organisés, les véritables black-blocs échangent sur Internet des modes d’emploi sur la conduite à tenir en cas de garde à vue ou de perquisition. Dès 2009, ils avaient affiné leur stratégie basée sur quelques consignes écrites dans un guide où l’on pouvait lire à l’attention des militants : «Emmène un foulard ou de quoi cacher ton visage ; n’utilise pas un téléphone mobile plein de contacts: merci pour tes camarades ! ; n’oublie jamais que les flics en civil sont extrêmement nombreux, ne parle jamais de tes exploits en pleine rue et évite de prononcer des noms ; écris-toi sur le bras le numéro de notre avocat ; prends des photos de tes blessures, garde tes habits tachés de sang, si c’est le cas ; et avec le médecin, si c’est aux urgences, ne dit rien sur les faits.»

Dans les black-blocs, il y a un noyau dur de militants d’ultra-gauche et aussi des « ultras » de clubs de foot auxquels,« pêle-mêle, s’agrègent des «zadistes», des anarchistes, des étudiants lambdas. Il y a des opportunistes, venus profiter du désordre pour casser du flic, de la vitrine et éventuellement récupérer des marchandises, des révolutionnaires,  portant quelquefois des drapeaux rouges, noirs, avec le marteau et la faucille et des simplement pas contents, des gens qui sont mécontents du système comme les Gilets Jaunes.

Et si, à force d’interdire les manifestations de Gilets Jaunes, les groupes de black-blocs arrivaient en force  en France, de plusieurs coins de l’Europe ?

Et si les rébellions se multipliaient ici ou là en Europe ?

Les Européens sont finalement plutôt mécontents un peu partout, non ?.

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3 réflexions sur « Black-blocs »

  1. Il est vrai qu’ ils sont bien organisés, et se préparent longtemps à l’ avance, en rassemblant du matériel dans des planques !
    On a bel et bien vu, et c’ est confirmé par un syndicat policier, que les forces de l’ ordre chargeaient des gilets jaunes après les avoir encerclé, et en ne leur laissant aucune échappatoire, même lorsqu’ ils ne montraient aucune agressivité, alors que dans le même temps elles n’ intervenaient pas lorsque les casseurs s’ y mettaient.
    On sait que toutes les manifestations sont infiltrées par des policiers en civil, chargés de repérer d’ éventuels meneurs , et on ne viendra pas me dire qu’ ils ne savent pas où sont ces black-blocs.
    Et quelque part on peut comprendre les anti-capitalistes, quand on voit la pègre du monde du pognon !
    Bonne journée Françoise
    Bisous

  2. merci pour cet article bien documenté sur les blacks-blocs, de quelque origine qu’ils soient , ils rendent service à la police, et on peut penser, qu’ils ne sont pas neutres ! car on les laisse agir sans intervenir ! j’ai suivi une emission où l’on expliquait que loin d’être des voyous incultes, ce sont bien souvent des individus ayant une formation supérieure , attention aux GJ qui seraient tentés de les imiter ! ils seraient completement discredités ! bonne journée chere Françoise, bisous

  3. Merci pour ces explications car j’avoue que je n’y comprenais pas grand chose.
    S’cuse mais je ne peux pas écrire longtemps …
    Bien qu’en pause com, je laisse de temps en temps de petits messages : ça me manque tellement …
    J’ai vu mon docteur hier, il m’a mise sous anxiolytiques, comme je m’y attendais.
    Bon week end ensoleillé !
    Bisoux, ma françoise ♥

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