Pipeau

Pipeau… Souvenirs… Souvenirs peu harmonieux de l’école primaire. Mais qui donc avait eu cette idée folle de contraindre des milliers d’enfants à la pratique de cet instrument ? Le pipeau, flûte champêtre appelée aussi chalumeau. Flûte à bec rudimentaire en bois ou en matière plastique, munie de huit trous. Quasi cauchemar ce jour de musique.! Tu parles d’un encouragement à la pratique de cet art.

Dès que je voyais débarquer Mademoiselle Faure et son harmonium, j’étais terrorisée et je fus dégoûtée de l’harmonium, de la musique, du solfège, des chansons et du reste. Rien ne s’est arrangé au collège où l’on nous imposait des dictées musicales. Mais qui donc décidait des programmes de musique et que donnait-on aux enseignants pour se sortir correctement de cette tâche ? Quelle formation et surtout quels moyens ?

Je me suis souvent demandé si le but recherché n’était pas de nous dégoûter de la musique, de contenir les enfants du peuple dans l’ignorance et les flonflons de la musique populaire : à chacun son milieu et sa culture. Pourquoi pipeauter, raconter que c’était pour éveiller notre intelligence ? Je n’aimais pas le pipeau, cet instrument de quatre sous, en matière plastique, inaccordé plus que désaccordé (je n’aimais pas plus l’accordéon ou la trompette) (ma sœur et mon frère ont eu droit à la flute à la place du pipeau). Côté instrument, le piano aurait eu ma faveur si je n’étais pas née chez les prolos ; dans le quartier et dans la famille, tous préféraient l’accordéon, moins encombrant sans doute. Quant au solfège, il m’a laissé à jamais une empreinte dans la mémoire que je ne regrette pas.  Apprendre un nouveau langage est une contrainte qui a du bon mais la méthode employée était mauvaise. Comment, en une heure, dans des classes de trente élèves au minimum, pouvait-on enseigner les rudiments du solfège, les bases d’un instrument et faire aimer la musique ? Impossible ! 

Pour le détail, qui rappellera peut-être quelque chose à d’autres anciens écoliers, je me souviens d’après-midis où nos braves institutrices avaient entassé dans une seule salle les élèves de trois classes (avaient-elles espéré en mettre encore davantage ?) autour d’un transistor (les premiers) pour nous faire faire les vocalises diffusées par la radio « Ou a é ou a é ou« . Ça ne vous rappelle rien ? Joyeux  charivari. L’expérience fut brève heureusement.

Mais pourquoi cet acharnement à nous faire pipeauter une fois par semaine ? Je n’ai pas de réponse. Je ne comprends pas.

Par contre, le pipeau ou la flute me font penser à une légende que vous connaissez sans doute : Le Joueur de flûte de Hamelin. Je vous propose d’écouter Hugues Aufray dans sa chanson, « Le joueur de pipeau ».

Cette légende allemande relate un événement dramatique survenu le 26 juin 1284, dans la ville de Hamelin, près de Hanovre, au nord de l’Allemagne. La légende a été rendue célèbre par un conte des frères Grimm.

La bonne ville de Hamelin, au bord de la Weser, fut envahie par les rats et ses habitants mouraient de faim ou de maladies véhiculées par les sales bêtes. Un beau jour, un joueur de flûte (ou de pipeau, c’est presque pareil) se présenta aux autorités comme dératiseur. Le maire de Hamelin promit au joueur de flûte mille écus s’il débarrassait la ville de ses rongeurs. L’homme prit sa flûte et par sa musique attira les rats qui le suivirent par milliers jusqu’à la Weser dans les eaux de laquelle ils se noyèrent. Un fois libérés, les habitants revinrent sur leur promesse et refusèrent de payer le joueur de flûte, le chassant même à coups de pierres.

Le joueur de flûte revint et, par une nuit paisible, joua de sa flûte, attirant cette fois à sa suite tous les enfants de Hamelin. Cent-trente garçons et filles le suivirent hors de la ville jusqu’à une grotte qui se referma derrière eux, ou bien, selon d’autres versions, le joueur de flûte emmena les enfants à la rivière ou encore au sommet d’une montagne, toujours est-il qu’on ne les revit plus jamais.

Pourquoi s’en prendre à des innocents, victimes des mensonges des grands ? Un proverbe dit « Les parents boivent, les enfants trinquent. »

Dans le récit des frères Grimm, les enfants se retrouvent de façon magique en Transylvanie, une région de Roumanie riche de fabuleuses légendes où, aujourd’hui encore, beaucoup de gens parlent allemand.

Les légendes ayant toujours leur origine dans des événements réels, c’est sans doute dans la colonisation de territoires allemands de l’est qu’il faut trouver la source ; à la fin du XIIIe siècle cette annexion fut ressentie par de nombreuses familles comme une séparation forcée.

Dans cette légende, justice fut faite mais à quel prix !

Une autre chanson intitulée « Pipeau » ou « L’amour, c’est du pipeau« , pour finir : un style très très différent. Il faut aimer Brigitte Fontaine, c’est particulier.

 

L’amour c’est du pipeau
c’est bon pour les gogos

Triste constat mais ne nous leurrons pas : tout n’est pas rose dans la vie, alors mieux vaut en sourire.

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3 réflexions sur « Pipeau »

  1. Je ne me souviens pas de cours de musique, ni même de dessin !
    Par contre mon père m’ avait fait donner des cours de piano et de solfèges par un professeur rigide et amateur de méthodes anciennes, une pièce sur le dos de chaque main !
    Je crois bien que j’ aurais moi aussi détesté la musique , si je ne m’ étais pas amusé à jouer les airs connus du moment !
    Quand au pipeau les politiques nous en jouent depuis toujours, et quand on se révolte, ils sortent l’ artillerie lourde !

  2. je ‘ai pas connu ça, mais mes filles ont du se plier à l’apprentissage du pipeau, et celà ne les a pas incitées pour autant, à pratiquer la musique, je connaissais la légende du joueur de flute ! et je souscris à la reflexion de Trublion, au sujet de nos politiques, bonne semaine chere Françoise, bisous

  3. Un régal ton billet de ce matin qui m’a replongée dans les cours de musique à l’école ! J’ai eu droit au solfège et aux vocalises , c’est mon fils qui a dû jouer du pipeau . Je redoutais les séances d’entraînement à la maison 😀 Par contre le pipeau est toujours très en vogue chez nos politiques comme le souligne Trublion !

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