Être rond(e)

Dans mon billet « taille », je notais que gros ou grosse ne se dit plus, il faut remplacer cet adjectif par rond ou ronde, tout comme on dit « black » pour parler d’un noir comme si le vocable anglais signifiant la même chose, adoucissait la réalité. Aujourd’hui on a peur des mots, on ne veut pas choquer. Cette évolution s’est opérée doucement. Il n’y a eu aucune résistance et le poison a été inoculé dans le langage courant. Le but de la manœuvre ? Adoucir le langage pour nous faire admettre une réalité désagréable. et pour nous faire, plus facilement, « avaler des couleuvres ».

Il n’y a plus de chefs du personnel mais des DRH (directeurs des ressources humaines),  le personnel a disparu au profit des collaborateurs (un mot qui a eu un sens peu glorieux dans les années 1940 ; personne n’aimait les collabos).

C’est durant les années 1940 que Georges Orwell a écrit « 1984 » et qu’il a créé la novlangue dont je vous ai déjà parlé LÀ (clic), LÀ (clic).

Dans ce roman, on peut lire :  « Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées.«  (…) « On exige du citoyen, non seulement qu’il ait des opinions convenables, mais aussi des instincts convenables.(…) il saura, en toutes circonstances, sans réfléchir, quelle croyance est vraie, quelle émotion est désirable. « 

Les journaux télévisés ont adopté cette pudeur linguistique qui dévitalise le langage. Les seniors ne comprennent pas, non pas qu’ils soient devenus « malentendants » mais ils se rendent compte que le monde tourne mal en douceur. Il y a toujours (plus) de ces choquantes images de guerre (inaccessibles aux « non-voyants ») avec des cadavres dans les rues et des enfants sanguinolents, mais on insiste bien sur le fait qu’on a évité au maximum les « dégâts collatéraux » grâce aux. « frappes chirurgicales« . Nous sommes rassurés ; nous continuons à manger devant l’écran de télévision en nous disant que tout ça c’est bien loin et que ça ne nous concerne pas vraiment. Nos problèmes sont autres, nous voyons des migrants arriver en foule et il faut gérer ça et tout doit être géré sans vagues, toujours avec des mots adoucis.

 Une personne issue de la diversité fera partie, dans un premier temps, des précaires, elle vivra dans un « quartier populaire » ; à l’école ses enfants seront sans doute des élèves à réussite différée qui deviendront des « sans-emploi » qui seront alors des prospecteurs d’emploi qui deviendront peut-être des » individus défavorablement connus de la justice ou de la police ».  Grâce à « la solidarité active« , on « créera du lien social » et tout ira pour le mieux dans cette « démocratie participative« ,

Pour finir j’en reviens aux ronds, les gros, ceux qui sont de forte taille et que l’on veut oublier car ils sortent de l’ordinaire et à cette expression : être rond comme... une queue de pelle, une bille, une balle, une boule, une barrique, un disque, un boudin, une bûche,  une soucoupe… Être  rond comme… signifie être complètement saoûl.

Si une comparaison entre l’adjectif rond et une chose ronde paraît logique, la question est de savoir pourquoi rond en argot, est synonyme de soûl, mot issu du latin  satullus = rassasié », de nourriture. Au Moyen-Âge, l’adjectif s’utilise pour désigner quelqu’un qui a mangé et bu à satiété (on retrouve encore aujourd’hui  ce sens dans dans l’expression « manger ou boire tout son soûl »). Ce n’est qu’au XVIII° siècle que son usage est restreint au sens de « ivre », celui qui a bu plus que de raison.

Suivant les recommandations, vous buvez avec modération, j’en suis certaine et mainetnant je vous dis : « À bientôt ».

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2 réflexions au sujet de « Être rond(e) »

  1. IL y a aussi ces mots qu’ on veut supprimer des dictionnaires comme  » race  » et personne ne s’ étonne qu’ on garde le mot racisme !
    on dit aussi une personne enrobée pour ne pas dire grosse !
    Une chose est sure, il y a bien des gens qui apprécient les personnes fortes, même si on nous accable de pubs à la Comme j’ aime !
    C’ est bien que soient organisés des défilés avec des femmes à forte corpulence, ce qui entraîne certains fournisseurs à créer des modes spécifiques.
    Une chose est sure, je n’ aime pas les  » sacs d’ os  » !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

  2. merci chere Françoise, tu as bien decortiqué le « nouveau langage » , à force de prendre des precautions, certains qualificatifs ne voudront plus rien dire, « rond », « ronde », on voit bien le sens, pour gros ou grosse, mais « rond comme une queue de pelle », c’est vraiment de la pure fantaisie ! on ne voit pas souvent des queues de pelle carrées ! encore une expression à l’origine lointaine et inconnue (toi tu dois savoir !!), mais qui n’a rien à voir avec les « arrangements » de langage actuels ..en tout cas merci pour tes articles, bon weekend amities et bises

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