Bumidom

Bumidom, késako ? Certains lecteurs ont peut-être relevé le mot Bumidom dans mon billet Marie-Dessembre et ont pensé « qu’est-ce que c’est ? » Le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer) est un organisme créé par Michel Debré en 1963. Certains connaissaient peut-être l’ancêtre de l’A.N.T. (Agence nationale pour l’insertion et la protection des travailleurs d’Outre-mer, mouais…insertion et protection…) devenue finalement LADOM, l’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité. Qu’est-ce qu’on aime les acronymes en France !

C’est grâce ou à cause de ce Bumidom qu’il y a autant d’Antillais (et quelques Réunionnais aussi) dans les administrations. Je fais un résumé de l’histoire.

Au début des années 1960, la France se reconstruit, elle a besoin de main d’œuvre ; le Maghreb prend son indépendance et en même temps, dans les départements d’Outremer, la situation économique est mauvaise car. l’industrie sucrière décline et le chômage augmente. Comme les Dom connaissent en outre une explosion démographique et qu’un désir d’indépendance se fait sentir, l’ex-premier ministre et député de la Réunion, Michel Debré, a l’idée d’importer des jeunes ultramarins dans l’Hexagone en leur promettant un bel avenir  avec formation et emploi à la clé. En 1963, le Bumidom est donc créé.

Le billet aller (en avion) est financé par le Bumidom mais le billet retour est prévu cinq ans plus tard (congés bonifiés). Dès l’arrivée en métropole, les espoirs sont déçus : les emplois proposés sont sans qualification, au bas de l’échelle, ce sont ceux laissés par les Maghrébins. Les Domiens découvrent aussi le froid, l’isolement, la précarité et la discrimination de manière bien plus violente que dans les îles.

Le Bumidom a occasionné de manière directe la venue en France, notamment en région parisienne, de 70 000 personnes nées outre mer. Ce chiffre ne comprend pas les personnes, bien plus nombreuses encore, que le Bumidom, par sa propagande, a indirectement encouragées à partir sans toutefois les prendre directement en charge.

Curieusement, le Bumidom, basé à Paris, avait établi des antennes à Nantes, au Havre et à Marseille, trois anciens ports négriers ( esclavagistes).

Peu à peu, le Bumidom est contesté. En 1968, son antenne parisienne est saccagée, sur les murs des inscriptions : « A bas l’impérialisme français et ses valets. Vive les Antilles libres » mais les départs vers la métropole se poursuivent.  Au début des années 80, plus de 260 000 Domiens  ont migré en France mais le besoin de main d’œuvre diminue et en 1981  le Bumidom disparaît, au profit  de l’ANT.

Il me semble bon de rappeler que c’est le même, Michel Debré,  qui a organisé la déportation d’environ deux-mille-deux-cents enfants réunionnais entre 1963 et 1982,  dans des départements dépeuplés comme la Creuse. Relisez mes billets à ce sujet : une enfance en exil et La reconnaissance. Ce programme a été porté par le Bumidom et le CNARM (Comité national d’accueil et d’actions pour les Réunionnais en mobilité).

Ces enfants réunionnais envoyés dans la Creuse étaient accueillis dans un foyer de Guéret. Certains ont été adoptés, d’autres sont restés en foyer et ont servi de main-d’œuvre gratuite dans les fermes (« bonne à tout faire » ou « travailleur sans salaires », en clair esclave, esclave sexuel aussi). Ces enfants déplacés étaient déclarés « pupilles d’État » (leurs parents n’avaient plus aucun droit sur eux ; des parents illettrés signaient des procès-verbaux d’abandon qu’ils n’étaient pas capables de lire). En août 1968, dans le journal communiste Témoignages, un « trafic d’enfants » a été dénoncé mais ce scandale d’État n’a été médiatisé que dans les années 2000.

Il y a quelques semaines, j’ai regardé à la télévision une fiction en deux parties « Le Rêve Français » qui porte sur le Bumidom. J’ai apprécié la première partie, la deuxième beaucoup moins. On comprend que cet organisme a offert des moments de bonheur à certains, qui, s’ils n’étaient pas partis, n’auraient pas « réussi » leur vie, n’auraient pas trouvé d’emploi, et de malheur à d’autres qui se sont perdus. Peu d’exilés parlent encore du Bumidom, par honte, car en parler c’était dire « Je suis venu alors que j’étais miséreux »‘et reconnaître que « je ne suis pas un Français à part entière, mais un Français entièrement à part ».

Selon un recensement de 2008, 364 800 personnes nées dans un département d’Outremer vivent dans l’Hexagone et composent ce qu’on appelle « le cinquième Dom » (le sixième car on compte Mayotte depuis 2011). Deux de mes petits-enfants, mes trois enfants font partie aujourd’hui de cette population « exotique » mais c’est une autre histoire.

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3 réflexions au sujet de « Bumidom »

  1. Encore un rappel de l’histoire que je connaissais « vaguement » mais pas tous les détails …
    Je me souviens des enfants dans la creuse, avec beaucoup de « déviations » …
    Ce fut une chance pour certaines personnes mais beaucoup de déceptions pour la plupart.
    Merci pour toutes ces informations que j’ignorais.
    Bonne fin de semaine, en espérant que le soleil soit toujours là !
    J’avais oublié combien c’est bon …
    Bisoux radieux !

  2. et bien voilà qui n’ est pas à l’ honneur de la France, et je comprendrais que la Réunion lui en veuille !
    Le pire est cette histoire d’ enfants déportés, je ne trouve pas d’ autres mots !
    Honte à Debré !
    ça me fait penser aux migrants d’ aujourd’ hui, qu’ on dit vouloir venir, mais pour lesquels on n’ a rien à proposer !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

  3. bonjour chere Françoise, le Bumidon j’ignorais ! pour Debrè, je savais, honte à lui oui ! j’avais rencontré une boulangère reunionnaise, en Haute Loire, elle était venue en France ainsi ! on se révolte lorsque les journaux parlent des enfants volés à leurs parents en Espagne ou en RDA, nous ferions bien de balayer devant notre porte…merci pour cet article , bonne fin de semaine, bisous

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