Dassault

Serge Dassault est mort alors qu’il se trouvait au travail (à quatre-vingt-treize ans, preuve que « le travail c’est la santé« ). Nos anciens présidents se sont empressés de chanter les louanges du défunt car les morts sont obligatoirement des gens très bien, c’est ça le principe de l’éloge funèbre. Alors que la classe politique a rendu de nombreux hommages respectueux à Serge Dassault, Philippe Poutou a dit « sa » vérité, choquante pour certains, sincère pour d’autres. Je comprends, c’est ça la franchise et ça fait du bien quand on s’exprime, ça me rappelle  un de mes billets de 2011, un autre « ‘éloge funèbre, » (clic).

Pour en revenir à Serge Dassault, le propriétaire du Figaro devait être jugé la semaine prochaine en appel pour blanchiment de fraude fiscale ; il avait été condamné en février 2017 à cinq ans d’inéligibilité et à deux millions d’euros d’amende et son nom avait été associé à des affaires d’achat de votes à Corbeil-Essonnes, de comptes dissimulés et de blanchiment. Ce n’est pas que du « joli-joli ». Cet homme (comme beaucoup d’autres) avait deux faces tel Janus aux deux visages opposés, l’un tourné vers le passé et l’autre tourné vers le futur, Serge Dassault était à la fois critiquable et admirable.

Pour accroître la rentabilité de son empire, Serge Dassault n’a pas toujours emprunté les chemins les plus légaux au point que Marianne n’hésitait pas, en 1997, à le qualifier d’ »empereur tricolore de la corruption ». Il avait caché à l’administration fiscale plusieurs millions d’euros à l’étranger durant quinze ans. Maintenant qu’il est mort, on oublie.

En prenant la tête du groupe aéronautique et d’armement Dassault à la mort de son père en 1986, il a réussi à développer un empire, colossal et diversifié : aviation militaire et jets privés, informatique (Dassault Aviation et Dassault Systèmes), presse (Le Figaro), monde des enchères (ventes Artcurial, filiales du groupe), immobilier (Immobilière Dassault), quelques grands crus bordelais… Au final ce sont environ 18 000 collaborateurs (Dassault est un gros employeur).

Selon les estimations, l’empire Dassaut est évalué à environ 22 milliards d’euros (avec une hausse de 33 % sur une année), la sixième fortune familiale de France en 2018.

Maintenant comment va se passer la succession ? Sans aucun doute, elle sera moins désastreuse, « m’as-tu-vu », détestable que celle du clan Hallyday. Père de quatre enfants, Olivier, Laurent, Thierry et Marie-Hélène qui lui ont donné quatorze petits-enfants, le patriarche a toujours affirmé que ce serait à ses enfants de décider qui dirigera le groupe ou des parties du groupe après son départ. Pour les y aider, un comité des sages a été constitué en 2016. Il est composé de cinq membres : Bernard Monassier, le notaire de la famille, Philippe Hustache, l’ancien directeur financier du groupe, Gérard Limat, un expert-comptable rentré en 1968 dans le groupe, Henri Proglio, l’ex-patron d’EDF et Denis Kessler, l’assureur et Charles Edelstenne, actuel directeur général (quatre-vingt ans). Serge Dassault a bien organisé la suite, il disait « J’ai fait mon choix pour ma propre succession en nommant Charles Edelstenne,  au poste de président statutaire successif. Ce sera à lui, en concertation avec la famille et avec l’aide du comité des sages de nommer le sien, le moment venu. La seule chose que j’exige, c’est que le capital du groupe reste dans la famille ». Voilà ça c’est clair. Enfin, presque. Ce groupe n’interviendra que si les héritiers de Serge Dassault n’arrivent pas à s’entendre

« Il n’y aura aucune querelle d’héritiers. C’est en tout cas l’engagement que je peux prendre aujourd’hui devant vous, devant mes frères et soeur et devant les Français« , a affirmé mardi l’aîné de ses enfants, Olivier Dassault.

Ouf, nous voilà rassurés pour le groupe et les emplois qui vont avec mais qui hérite des casseroles ?

Serge Dassault est mort, on oublie tout ce qui n’était pas très joli. C’est ça, non ?

Share

3 réflexions au sujet de « Dassault »

  1. Hé oui, terminées les critiques quand on décède …
    Je vais te dire que, franchement, je m’en fous un peu comme de toute l’histoire autour de notre jojo national …
    Poutou ferait mieux de la fermer, après toutes ses simagrées après le massacre de charlie hebdo !
    Passage rapide car mes douleurs du dos se sont réveillées …
    Bon jeudi.
    Bisoux, ma françoise

  2. la mort fait oublier les côtés négatifs, c’ est vrai aussi pour le simple quidam !
    J’ ai toujours pensé qu’ il était impossible d’ accumuler de telles fortune en restant honnête, et plus on est riche, plus on a de possibilités de tricher.
    De plus on sait que le marché des armes est entouré d’ un certain secret qui facilite l’ escamotage de milliards !
    On peut aussi estimer que l’ état est le plus grand voleur, et que c’ est presqu’ un devoir de le tromper !
    Le seul côté positif pour moi, ce sont les milliers d’ employés qui ont gagné leur vie grâce à lui.
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

  3. bonjour chère Françoise, je n’ai aucune estime pour ce personnage, j’ai habité dans le secteur où il souhaitait se présenter, et je n’oublie pas les tonnes d’ordures qu’il a pu diffuser dans nos boites aux lettres pour discréditer ses concurrents , surtout depuis que l’on sait les moyens qu’il utilisait pour acheter les votes, un grand patron ? son père oui, lui certainement pas …il est mort, l’héritage on s’en f…, les casseroles seront vite oubliées ! de meme que les milliards escamotés dans les paradis fiscaux, espérons seulement que les employés n’en pâtiront pas ? bonne journée, bises

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *