Je voudrais pas crever

Vian, pas via, ni vlan, Boris Vian, vous connaissez ? Moi depuis que je suis ado, j’adore ! « L’écume des jours » est sans doute l’histoire qui m’a le plus plu même si à seize ans, je n’ai pas tout bien lu. Puis il y a eu la découverte d’ « Un automne à Pékin » (je me suis faite avoir, ni automne ni Pékin dans le livre mais seulement un homme qui, ayant raté son autobus, se retrouve en Exopotamie à construire des voies de chemin de fer en plein désert) et le plus incompréhensible pour moi à la première lecture : « Trouble dans les andains ».

Je passe sur les autres romans, pièces de théâtre, essais, poèmes, chansons… En peu de temps, Vian a été productif. Des romans : L’Arrache-cœur, Et on tuera tous les affreux, L’Herbe rouge, J’irai cracher sur vos tombes, Les morts ont tous la même peau… et de tas de chansons dont Le Déserteur (inoubiable), La Complainte du progrès, Fais-moi mal Johnny, Faut rigoler, La Java des bombes atomiques, J’suis snob, On n’est pas là pour se faire engueuler, Arthur, où t’as mis le corps ? et j’en oublie… Je passe sur le théâtre et les essais.

Boris Vian, né en 1920, mort en 1959 (39 ans, ce n’est pas bien vieux) est un personnage excentrique et fantasque. Il fut tour, à tour ou à la fois, ingénieur, trompettiste de jazz, acteur, chanteur, parolier, pasticheur de romans noirs américains, critique, auteur de nouvelles et de pièces de théâtre et ne fut jamais reconnu de son vivant pour ce qu’il était avant tout : un romancier original mêlant l’absurde à l’émotion. Il était étrangement (trop) vivant. Boris Vian n’est pas le plus grand écrivain du XXe siècle mais il constitue une assez bonne synthèse de ce siècle troublé. Vian c’est un mélange d’Alfred Jarry avec le goût de la farce, de Jean Cocteau pour la fantaisie poétique, du fantastique inquiétant de Kafka. Moi j’aime bien son côté cynique, c’est Boris Vian qui disait :

La vie, c’est comme une dent
D’abord on y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie

Il nous dit aussi tous ses désirs, toutes ses envies, chantés ici par Serge Reggiani :

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles…
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune…
Si le soleil est froid

Et il y a z aussi

Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs

Pour finir encore une petite citation extraite de l’avant-propos de « L’écume des jours » :

« Dans la vie, l’essentiel est de porter sur tout des jugements a priori. Il apparaît en effet que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d’en déduire des règles de conduite ; elles ne doivent pas avoir besoin d’être formulées pour qu’on les suive. Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de La Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. »

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3 réflexions au sujet de « Je voudrais pas crever »

  1. Je l’aime beaucoup moi aussi car il sait toucher à toutes les expressions de l’art.
    Je me demande tout ce qu’il aurait pu faire s’il avait vécu plus longtemps …
    J’aime bien la chanson, en vidéo, surtout avec reggiani …
    Bon mercredi, avec le soleil enfin de retour !
    Bisoux, ma très chère françoise

  2. Je connais comme tout le monde sa chanson le déserteur, surtout dans sa version originale, mais je n’ai lu qu’un seul de ses livre, c’est « j’irai craché sur vos tombes » j’ai beaucoup aimé
    Amicalement
    Claude

  3. dans ma jeunesse j’ avais lu : J’ irai cracher sur vos tombes, et ça m’ avait plu, et je comprends donc mal pourquoi je n’ ai pas lu d’ autres ouvrages, mais il n’ est jamais trop tard !
    Un homme quand même surprenant tant il touchait à tout !
    C’ est bien d’ en reparler

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