Dans ses yeux

« Dans ses yeux » est un film policier argentin dont le titre original est « El secreto de sus ojos ». C’est pour avoir plus de temps pour préparer mes billets suivants que je vous parle de ce film qui vous mettra un peu dans l’état d’esprit dans lequel j’étais en arrivant à Buenos Aires. Je ne pensais pas vraiment au tango mais plutôt aux folles de la Place de Mai celles qui disaient : « Il faut que les coupables soient punis afin que plus jamais, nulle part au monde, une mère n’ait à souffrir ce que nous endurons depuis la disparition de nos enfants »

Je reviens à ce film réalisé par Juan José Campanella (Argentin d’origine, naturalisé espagnol), sorti en 2009. Il s’agit de l’adaptation du roman « La pregunta de sus ojos » (traduction : « la question de ses yeux ») d’Eduardo Sacheri, coauteur, avec le réalisateur, du scénario.

« Dans ses yeux » a remporté le Prix Goya du meilleur film étranger en langue espagnole en 2010 et, trois semaines plus tard, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, devenant ainsi le deuxième film argentin à obtenir la statuette, 24 ans après L’Histoire officielle de Luis Puenzo, en 1986.

Le résumé du film : Dans la fin des années 90 à Buenos Aires, Benjamin Esposito, fonctionnaire retraité du ministère de la Justice, reste hanté par le meurtre non élucidé d’une jeune institutrice, violée et sauvagement assassinée, 25 ans plus tôt, en 1974. Il décide d’écrire un roman sur l’affaire pour tenter d’étouffer le sentiment d’avoir raté sa vie. Alors qu’il effectue un travail de recherche et de mémoire, les souvenirs de l’enquête se mêlent à d’autres plus intimes, par exemple l’amour qu’il portait à la juge Irene Menéndez Hastings, avec laquelle il avait tenté d’élucider ce meurtre et il replonge alors dans une période sombre de l’Argentine.

Idéaliste, le « héros », Esposito, s’est battu toute sa vie avec un juge sans scrupule, qui humiliait ses subalternes non diplômés et qui avait libéré un condamné à perpétuité pour en faire un « indic », un dénonciateur des citoyens subversifs. Il a vu son adjoint, alcoolique mais fidèle et incorruptible, se faire tuer à sa place.

Juan José Campanella opère un va-et-vient permanent entre les problèmes existentiels actuels du détective retraité et l’enquête qu’il mena jadis. En apparence, le film est un polar mais le fait qu’il se déroule en 1974 en dit beaucoup plus. En effet, si la police soupçonne vite le meurtrier, elle le traque (un peu) et finit même par le coincer, ce qui importe c’est son destin après son arrestation : on le croyait enfermé à vie mais on le retrouve dehors rapidement, narguant les policiers qui l’ont fait arrêter. Dans ce pays où la junte militaire a pris le pouvoir, les criminels se baladent tranquillement mais…  Vingt-cinq ans après voilà que l’assassin a disparu à nouveau et  ce, depuis longtemps.

L’année 1974, année du crime, est aussi l’année de la mort du général Peron qui dirigeait le pays, l’année de l’accession au pouvoir de sa seconde épouse Isabel Peron, qui sera renversée, en 1982, par une junte militaire.

Au-delà du suspense, ce film offre une vision des dénis de justice entretenus sous la dictature et du cynisme dans lequel vécurent certains, de leur démission devant le pouvoir, de l’art du compromis cultivé par d’autres (dont Irène, devenue procureur du tribunal fait partie) sachant fermer les yeux sur ce qui constitue un outrage à la justice enfin de la tentation de se faire justice eux-mêmes qu’adoptèrent encore d’autres.

Certes l’histoire est lente à se démarrer mais si on s’accroche, on y prend goût et la tension est là tout au long du film. J’ai été surprise par la chute finale, à la fois juste et assez inhumaine. Un sentiment indescriptible.

C’est un film à voir (mais ça n’engage que moi)

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Un indice pour la fin du film : le mari de la jeune femme assassinée n’a pas pris de vacances depuis longtemps.

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2 réflexions sur « Dans ses yeux »

  1. Ce film doit être intéressant, surtout quand on aime le suspens …
    Bien contente de te lire, tu me manquais. 😉
    J’ai toujours un abcès dans la bouche, au palais, plus un ganglion qui ne me dit rien de bon … Ca me tracasse beaucoup.
    Et, en plus, ma connexion qui n’aime pas le froid, je te raconte pas dans quel état je suis ! lolll
    Allez, je te souhaite un bon mercredi, avec de gros bisoux.

  2. Ce pays a bien souffert de la dictature et de la junte militaire, et la justice n’ est pas sortie grandie de cette époque.
    Surement pour d’ autres motifs, notre justice semble aussi pro racaille et méprisante pour les victimes, peut être tout bêtement parce qu’ elle existe grâce à la racaille.
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

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