Histoires d’eaux (3 – fin)

J’ai évoqué mes craintes de rupture de barrages dans la région grenobloise. Il faut que je vous dise que si j’ai été longtemps traumatisée, c’est qu’un vieux dicton régional annonce que « le Serpent et le Dragon mettront Grenoble en savon ».

On entend quelquefois une variante de cet adage : « Le Serpent et le Dragon mettront Grenoble en (ou : aux) Sablons » ce qui signifie qu’à la place de la ville, quand les eaux se seront retirées, il ne restera plus que du sable. Attention, les Grenoblois savent aussi que les « Sablons » renvoient à l’hôpital et au cimetière voisin du même nom. En clair, de Grenoble il ne restera rien si le Serpent et le Dragon s’en mêlent. 

Le serpent et le dragon menaçants symbolisent depuis des siècles les deux rivières qui se rejoignent à Grenoble : l’Isère et le Drac. Le serpent : l’Isère (affluent du Rhône) trace de nombreux méandres dans la vallée du Grésivaudan, en amont de Grenoble tout comme le Dragon, le Drac,  un torrent qui a longtemps eu les fureurs d’un monstre sauvage, avant les barrages. Oui les effrayants barrages ont aussi du bon, ils ont maté les deux rivières.

Savez-vous que plus de cent-cinquante inondations majeures ont été recensées dans l’histoire de Grenoble dont quatre-vingt entre 1600 et 1860 ? Ces inondations ont causé de très importants dégâts et probablement des milliers de morts. Elles emportèrent à plusieurs reprises le seul pont de la ville qui se situait, au niveau du quartier Saint Laurent (l’actuelle passerelle). Aujourd’hui trois ponts se succèdent rien que dans ce quartier.

Le 14 septembre 1219, un déluge s’abattit sur la ville, il donna naissance à la foire de Beaucroissant (finie la foire à Grenoble !).  En effet, un violent orage causa la rupture d’un barrage naturel et la vidange du lac (créé lui-même par un orage d’août 1191, dans le lit de la Romanche au niveau des gorges de l’Infernet, à une vingtaine de kilomètres de Grenoble). Une vague descendit alors la Romanche (affluent du Drac), puis le Drac et se jeta dans l’Isère. Si Grenoble fut épargnée par cette première vague, les remparts de la ville étant éloignés des bras et méandres que formait le Drac à l’époque, la hausse du niveau de celui-ci provoqua un reflux de l’Isère qui coula à contresens pendant quelques heures. Ce reflux emporta le pont et forma un nouveau lac dans la vallée du Grésivaudan à la hauteur de Meylan. Lorsque la décrue du Drac survint, c’est le lac de l’Isère qui se vida à son tour par effet de balancier. Le niveau de l’eau monta alors dans la ville et les habitants sortirent dans les rues pour fuir mais la nuit était tombée, les portes de l’enceinte de la ville étaient fermées et les habitants se retrouvèrent pris au piège sur les rives et furent noyés puis emportés par les flots. De nombreuses personnes périrent cette nuit-là marquant la mémoire collective.

La dernière grande crue de l’Isère en 1859  : 1,44 m d’eau rue Montorge, du côté de la place Grenette), 1,32 m place Vaucanson, 1m au jardin de ville, 1,85m à l’angle des rues St François et de Bressieux, en plein centre ville.  L’Isère déborda sur 80 km et l’eau laissa des couches de vase et limon de 10 à 30 cm d’épaisseur. C’est à la suite de cette inondation que trois grands chantiers ont été ouverts en amont et en aval de Grenoble pour construire des digues au Drac et à l’Isère et ainsi que des quais dans la ville même.

Grenoble, capitale des Alpes, proche d’Uriage (environ 15 kms) est bien une ville d’eau.

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8 réflexions sur « Histoires d’eaux (3 – fin) »

  1. Un petit coucou pour te souhaiter une bonne fin de semaine.
    Je dois recopier toutes mes coordonnées ! Grrrrrrrr
    Bisoux Françoise
    dom

  2. Un barrage que je connais sur le Drac, c’est celui d’Avignonet. Un employé EDF m’a dit une fois que si ce barrage cédait il y aurait un mètre d’eau dans tout Grenoble. J’aurais bien aimé pouvoir écouter l’historique de l’ouvrage mais l’installation audio mise à disposition des visiteurs était hors d’usage (vandalisée). Cela s’étant produit plusieurs fois, EDF ne le réparait plus. Mitterrand venait d’accéder au pouvoir (sourire). Je suis descendu en aval, malgré l’interdiction mais sans quitter la piste, pour prendre une photo (diapo) dans l’espoir de saisir la gerbe d’eau d’évacuation du trop plein. Je n’ai eu que le barrage mais c’était impressionnant.
    Bonne journée !

  3. et bien , à lire l’ historique de cette ville, on pourrait être étonné de voir qu’ elle existe toujours !
    L’ humain est finalement optimiste, puisqu ‘il s’ installe même au pied des volcans, tout en sachant qu’ un jour il se réveillera !
    Bonne journée Françoise
    Bisous

  4. bonsoir, on peut dire que l’histoire de Grenoble n’est pas un long fleuve tranquille 😉 je te souhaite un bon w end bisous

  5. Mon mari aime Grenoble, il y a passé une année il y a longtemps. J’y suis allée une fois seulement. Intéressant tout ce que tu écris et enrichissant.
    Passe un bon weekend
    Amicalement, Tatiana

  6. J’ai souvent traversé Grenoble quand j’allais skier aux Deux Alpes. Je ne m’y suis jamais arrêtée. Pas de grande inondation depuis 1859 : les travaux réalisés doivent être efficaces mais je comprends qu’on puisse avoir peur dans cette ville encaissée dans la vallée où viennent couler l’Isère et le Drac. Un blog très intéressant.

  7. Ping : Privilèges | FrancoiseGomarin.fr

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